19.6.18

A toi, à moi

Voilà les amis, notre Rodgeur national est de retour sur le trône après sa victoire à l’Open Mercedes, pardon, au tournoi de Stuttgart. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’homme aux 20 Majeurs n’a pas eu la tâche facile dans cet ATP 250 avec une demi-finale très disputée face à Nick Kyrgios avant une finale face au bombardier Raonic. Deux pièges que le Bâlois a parfaitement géré pour s’offrir le… 98ème titre de sa carrière ! Le rêve se prolonge, la légende continue...

Ainsi donc, le jeu des chaises musicales continue entre le Maître et le Bulldozer avec une nouvelle passation de pouvoir cette saison, la cinquième – déjà ! – depuis le début de l’année. Federer après Rotterdam, Nadal après Miami, Federer après Madrid, Nadal après Rome et Federer après Stuttgart : à toi, à moi, comme deux potes qui se passent la clé de leur Ferrari ou de leur chalet à Verbier !

Non contents de se partager à tour de rôle cette place de numéro 1 mondial, les deux légendes ultimes du tennis se renvoient également la balle au niveau des titres en Grand Chelem, avec trois Majeurs de chaque côté depuis janvier 2017. Comme je l’ai déjà écrit, on est revenu dix ans en arrière et ce n’est évidemment pas pour nous déplaire, même si la concurrence fait aussi peine à voir que Neymar dimanche soir ou que l’équipe d’Arabie Saoudite, laquelle a préparé sa Coupe du Monde en plein ramadan. Débarquer à un Mondial après un mois de ramadan, c’est comme si Guy Parmelin décidait de traverser le Lac Léman à la nage après trois semaines à la Fête des Vignerons ! 

Bref, en tant qu’amoureux de belles confrontations et de suspense, on ne serait pas contre un retour en forme du reste de la meute. Force est de constater que depuis ce stratosphérique et désormais cultissime Federer – Nadal à Melbourne en 2017, peu de matches sont sortis du lot, notamment les finales de Grand Chelem qui furent aussi serrées qu’une élection présidentielle en Chine ou en Corée du Nord, Federer – Cilic mis à part. On suivra donc avec attention les pérégrinations des Wawrinka, Djokovic et autre Murray au tournoi du Queen
s, dont on espère sincèrement un regain de forme.

La Coupe du Monde bat son plein, l’équipe de Suisse passionne les foules mais ne vous inquiétez pas les potes, je ne vais rien rater de cette saison sur gazon et me réjouis de vous raconter tout ça ! 

12.6.18

Onze films d’horreur


…ou onze grosses merdes ! Onze dimanches à voir une Momie dégoulinante et pleine de tocs s’allonger sur le Philippe Chatrier. Onze finales à sens unique où, de Puerta à Thiem en passant par Federer, Djokovic ou Wawrinka, tous se sont brisé les dents contre le taureau des Baléares. Onze discours à la con, onze croquages de coupe, onze fois où l’on aurait mieux fait d’aller à la plage, aux champignons ou chez sa belle-mère plutôt que d’assister à ce massacre. Onze fois où l’on s’est dit «enfin, la saison sur terre battue est terminée». Onze purges, onze chieries, onze pensums, onze daubes, onze Tamedia, onze Sergio Ramos, onze Suisse Ukraine. Onze putains de dimanches de merde.

Comme prévu, Rafael Nadal a donc soulevé sa onzième Coupe des Mousquetaires dans le ciel de Paris dimanche après-midi. J’avais écrit dans mon dernier post que Terminator allait remporter la finale 6-2 6-0 6-1, Thiem a réussi l’exploit de lui chiper six jeux de plus et de perdre presque «honorablement» 6-4 6-3 6-2. C’est toujours moins pire que notre Stan national, lequel avait ramassé 6-2 6-3 6-1 au même stade de la compétition en 2017. Bref, Musclor est simplement trop fort, trop solide, trop complet, trop tout. Trop chiant, aussi. Au revoir, merci et à l’année prochaine pour la Duodécima.

A ce rythme-là, il est fort probable qu’il gagne douze, treize, quatorze, quinze Roland Garros, voire plus… La Bête semble affûtée et affamée comme jamais, motivée comme lors de ses premières années et complètement, mais alors complètement injouable. Le malentendu que j’espérais tant n’a pas eu lieu et même si Schwartzman a réussi à lui piquer un set et Del Potro à le bousculer lors de la première manche, le Monstre n’a jamais tremblé dans un court central aux allures d’abattoir. Comme un boucher qui exécute ses proies les unes après les autres, comme un éditeur zurichois qui liquide un quotidien romand sans le moindre sentiment. 

A trop dominer son sport sur terre battue, Popeye ne rend évidemment pas service au tennis en général et à Roland Garros en particulier. Ce n’est bien sûr pas de sa faute si «l’adversité» est à ce point ridicule, mais force est de constater que ce tournoi n’offre désormais plus aucun suspense, sauf celui de savoir qui se fera démolir par l’ogre de Manacor en finale. Il y a certes eu quelques beaux combats en première semaine, un magnifique Djokovic – Cecchinato sur le court Suzanne-Lenglen mais autrement, tout est à jeter dans cette quinzaine aussi réussie que la candidature de Sion 2026.

A défaut d’émotions, on gardera trois chiffres de cette édition 2018 : 264, comme le classement de Wawrinka au lendemain du tournoi ; onze comme le nombre – forcément record – de Roland Garros remporté par Hulk ; et surtout dix-sept comme celui de titres en Grand Chelem au compteur de Brutus, qui se rapproche ainsi du Maître et lui met un petit coup de pression avant Wimbledon. Allez les amis, merci pour vos commentaires et votre fidélité, on se réjouit de retrouver notre bon vieux gazon et notre Rodgeur national. Putain comme on est heureux de passer à autre chose !

29.5.18

Qu’est-ce qu’on s’emmerde…

 
Après un début de saison hors du commun, marqué par le vingtième Majeur du Maître et son fabuleux come-back sur le trône, le retour sur terre – au propre comme au figuré – donne autant de rêve qu’un samedi soir devant Les Coups de Cœur d’Alain Morisod ou un dimanche après-midi à la Pontaise, là où vingt adolescents pré-pubères ont fait une superbe promotion pour leur livre de chevet, Le Hooliganisme pour les Nuls. Entre les Decima, les Undecima et les Vachiercima de Rafael Nadal, cette deuxième partie de saison nous apporte vraiment, mais alors vraiment aucune émotion. Oui, il y a bien eu un petit frisson lors de la défaite de Musclor à Madrid, laquelle a permis à Rodgeur de passer une semaine de plus dans le fauteuil de numéro 1 mondial. Mais ça reste un petit frisson de rien du tout, comme lorsque tu regardes les résultats de l’Euromillions et que tu t’excites parce que tu as une étoile et deux numéros.

En gros, l’ogre de Manacor a absolument tout gagné, faisant passer ses adversaires pour de simples faire-valoir, des gentils sparring-partners, des Loris Karius ou le Lausanne-Sport en 2018. Franchement, autant annuler ce tournoi de Roland Garros et lui remettre dès demain la Coupe des Mousquetaires, ça nous évitera de regarder ce massacre et d’entendre toutes ces crevettes à l’ail dégoulinantes de fierté crier à la gloire de leur idole...

Dans cet océan d’ennui, l’adversité n’a jamais paru aussi nulle et pathétique : entre un Wawrinka convalescent et déjà éliminé, un Djokovic en quête de son meilleur tennis, un Murray aux soins intensifs, un Federer sur son transat et le reste de la meute soit trop tendre, soit hors de forme, aucun joueur ne semble capable ne serait-ce que de prendre un set à Popeye. Bon, tu me diras que Bolelli n’est pas passé loin, mais on mettra ça sur le compte d’un malentendu… Oui oui, comme ce soir-là en vacances au Cap d’Adge, lorsque tu as roulé des pelles à une magnifique Suédoise qui était à deux pour mille et qui pensait embrasser Brad Pitt, et qui t
’a envoyé péter comme la dernière des merdes quand son taux d’alcoolémie est redescendu. Bref, qu’est-ce qu’on s’emmerde, qu’est-ce qu’on se Geneva Open.

Pffffrrrrr.

On s’emmerde à tel point que c’est Marco Trungelliti, le lucky loser le plus improbable de l’histoire, qui fait le buzz cette semaine à la Porte d’Auteuil. Repêché à la dernière minute, le sympathique Argentin s’est tapé dix heures de route entre Barcelone et Paris le dimanche accompagné par son frère, sa mère et… sa grand-mère de 89 ans ! Cette joyeuse cohorte est arrivée dans la capitale française peu avant minuit et, le lendemain, Marco gagnait son premier tour contre Bernard Tomic. Une très belle histoire, comme celle des pays africains en Coupe du Monde. Tout le monde trouve mignon sur le moment, mais tout le monde l’aura oublié d’ici la fin de la semaine. 

Désolé pour mon humeur les mecs, je pondrai éventuellement un post à la fin de la quinzaine pour évoquer la victoire 6-2 6-0 6-1 de Hulk en finale, à moins d’un tremblement de terre de magnitude 10 sur l’échelle de Richter, lequel pourrait me faire sortir de ma torpeur et de mon aigreur. Ne sait-on jamais, sur un malentendu…

20.3.18

Un grand match et une immense frustration

Oui, cette finale fut grandiose, spectaculaire, un peu folle et pleine de suspense. Elle fut même tendue et électrique, avec quelques bonnes prises de becs ici ou là, ce qui devient malheureusement rare sur le circuit. Une finale qui ne fut pas sans rappeler celle de l'US Open 2009 entre ces deux hommes. Là aussi, notre Rodgeur national s'était énervé contre l'arbitre et avait perdu un certain influx. Là aussi, le Bâlois aurait dû remporter la rencontre et avait les occasions pour le faire. Là aussi, il a fini par perdre et craquer complètement en fin de match. 6-2 à New York dans le cinquième set ; 7-2 à Indian Wells dans le tie-break dont deux horribles doubles fautes. Ou comment solder bêtement une finale.

Oui, les similitudes sont nombreuses et la frustration est tout aussi grande. On était tous franc-fous en septembre 2009, on l'était tout autant dimanche soir devant notre télé. A deux doigts d'exploser l'écran avec ma chope de Paulaner ! Alors que le Maître avait fait le plus dur en signant le break à 5-4 au troisième set et qu'il menait 40-15 sur son service, il s'est totalement fourvoyé. Comment un homme qui a gagné 20 tournois du Grand Chelem peut-il tenter deux amorties aussi moisies sur deux de ses trois balles de match ? Pourquoi n'a-t-il pas demandé le challenge sur ce premier service qui effleure la ligne à 40-30 ? Autant de questions qui resteront sans réponse et qu'on aurait meilleur temps de ranger au placard et d'oublier au plus vite. Tu sais, un peu comme ce premier rendez-vous Tinder qui tourne au vinaigre parce que la miss a omis de te dire qu'elle bégayait et qu'elle portait un appareil dentaire que ne renierait pas une adolescente de 13 ans.

Bien sûr, Juan Martin Del Potro est un superbe vainqueur et on est sincèrement content pour lui. Ce mec, trahi par son corps et – un temps – perdu pour le tennis, revient de nulle part et mérite un tel titre, son premier en Masters 1000. C'est accessoirement un bon type et un joueur qui prend des risques et attaque. Très loin des Nadal, Djokovic et autre Murray qui sont à l'ennui et au jeu de défense ce que Pascal Broulis est à l'évasion fiscale. Et je conclus ici ce paragraphe élogieux (on n'est pas là pour se passer la pommade, merde). 

Aujourd'hui, la déception est immense et il faudra quelques jours pour digérer ces trois balles de match et cette affreuse défaite. Tout était pourtant réuni pour une nouvelle grande victoire après ce tie-break d'anthologie et cette rage – comme c'était beau ! – affichée par le Maître. C'est aussi comme ça qu'on aime le voir : dans le dur, dans la résilience, dans le combat. Comme samedi face au surprenant Coric. Bref, il a manqué un ou deux centimètres, un challenge et un peu de lucidité pour qu'on célèbre cette semaine un 98ème titre et qu'on ressorte la panoplie complète des adjectifs dithyrambiques. On se contentera à la place d'attendre Key Biscayne et de conseiller au Rodg de raser cette vilaine barbe et à Marc Gisclon de mettre un peu plus de niaque dans ses commentaires.

1.3.18

Bande de cons !

Et j'ajouterais : crétins, connards, serges, bobets, blaireaux, imbéciles, têtes pleines d'eau, abrutis, inconscients, bref, bande de Gérard Piqué, le joueur le plus con du 21ème siècle ! Tu l'as deviné, je parle bien sûr des dirigeants de l'ITF, l'International Tennis Federation, qui ont annoncé cette semaine vouloir définitivement tuer la Coupe Davis l'an prochain. Ces visionnaires souhaitent donc «««remplacer»»» cette compétition mythique par une sorte de «coupe du monde du tennis» étalée sur sept jours, organisée sur terrain neutre et disputée en mode express (finis les cinq sets et les rencontres au meilleur des cinq matches...). Une merde sans nom qui n'intéressera personne, même si Federer, Nadal, Sampras, Agassi, Rod Laver, Elvis Presley, Michael Jackson, Cléopâtre, Napoléon, Jésus Christ ou ma couille gauche y participent. Bref, ne me parlez pas de remplacement, c'est un enterrement en bonne et due forme. RIP Davis Cup.

Ce que ces mecs n'ont pas compris,
c'est qu'on ne pourra jamais retrouver la passion, la folie et l'adrénaline d'une rencontre de Coupe Davis dans cette espèce de Hopman Cup réservé aux hommes, sans âme ni histoire. On ne pourra jamais remplacer ces ambiances incroyables, ces scénarios complètement dingues, ces affiches improbables, ces craquages d'anthologie ou ces héros d'un jour que seul un week-end de Coupe Davis peut nous offrir. On ne retrouvera jamais le piment d'un affrontement entre deux pays dans une salle comble, chauffée à blanc trois jours durant. JAMAIS. 

Qui n'a pas des étoiles dans les yeux en repensant, un quart de siècle plus tard, à ce Suisse – Brésil à Palexpo et à cette finale à Fort Worth ? Qui a oublié ce Forget – Sampras et cette Saga Africa à Lyon en 1991, ce Suisse – France à Neuchâtel en 2001, la revanche de 2003 à Toulouse (ah, cette victoire en double avec le Maître...) et, plus près de nous, cette apothéose à Lille en 2014 et la naissance de la Ballade des Gens heureux ? Qui n'a pas été touché par la détresse de Paul-Henri Mathieu à Paris, la patate de Novak Djokovic à Belgrade, l'hystérie de Radek Stepanek à Prague, les larmes d’Andy Murray à Gand ou la rage de Juan Martin Del Potro à Zagreb ? Pour des millions de fans de la petite balle jaune à travers le monde, leur meilleur souvenir tennistique rimera souvent avec Coupe Davis. Des instants magiques qu'on ne pourra plus jamais revivre ailleurs, et surtout pas dans une compétition de raccroc comme l'a proposé l'ITF. Ces fossoyeurs, du haut de leur tour d'argent et de leur obsession mercantile, ont oublié que cette Coupe Davis a vu naître des générations de passionnés. Et que, même si elle fut régulièrement boudée par les meilleurs, elle reste un formidable vecteur d'émotions.
 
Comme je l'ai également dit à maintes reprises, la Coupe Davis est la plus belle des vitrines du tennis dans des pays qui n'ont pas la chance d'accueillir de Grand Chelem ou de Masters 1000, ou même des ATP 500. Tu crois que des nations comme la Serbie, la Croatie, la République tchèque, la Belgique, l'Argentine, l'Ecosse ou même la France auraient pu vibrer ces dernières années pour ce sport, pour notre sport sans la Coupe Davis ? Tuer cette compétition, c'est priver toutes ces contrées de grands moments de tennis et, aussi, priver des dizaines de fédérations d'une source de revenus importants.

On ne retrouvera rien de tout ça dans ce bricolage imaginé par l'ITF et ce groupe d'investissement présidé par le footballeur (!) Gérard Piqué, lequel – non content d'avoir la plus belle tête à claques du Barça – vient foutre le bordel dans notre sport préféré. Qu'il se contente d'allumer le Real Madrid sur Twitter, de crémer Lionel Messi sous la douche, de rouler de pelles à Ibrahimovic sur un parking et d'engrosser Shakira ; le reste on s'en occupe, merci pour nous. Gérard Piqué qui vient signer la mort de la Coupe Davis, c'est comme si Yves Allegro annonçait la fin de la Ligue des Champions ou si Jérôme Rudin créait une société afin d'anéantir le Montreux Jazz Festival. 


Bref, l'heure est grave, la catastrophe est proche, la fin d'une époque à portée de raquette, il ne nous reste plus qu'à espérer que l'ITF change d'avis et se rende compte de la monumentale erreur qu'elle est en train de commettre. Mais l'espoir est aussi minuscule qu'un sacre de Serena Williams au concours de Miss Monde : peu de joueurs ont osé prendre la parole pour dénoncer ce choix et certains se sont même réjouis de cette réforme, comme Djokovic ou Murray, et c'est une vraie déception. Finalement, c'est peut-être moi le connard, le naïf, le romantique ou le nostalgique. Je devrais accepter que le tennis que j'ai aimé ne sera plus jamais pareil, que le sport-business aura toujours le dernier mot et qu'il faut faire le deuil d'une certaine idée du tennis. Je dois également accepter l'idée que, le jour où il n'y aura plus de Coupe Davis ni de Roger Federer, ce sport n'aura plus grand-chose à nous offrir...

18.2.18

L'Everest aux Pays-Bas !!!

NUMBER ONE !!!!!!!!!! Le Dieu Roger Federer est donc de retour sur le trône, sur son trône, tout en haut de la planète tennis, au sommet de son art, de sa gloire et de sa splendeur. De sa divinité. «A sa place», comme l'a titré L'Equipe dans son édition de samedi, laquelle débute par un magnifique édito où le Bâlois est considéré – à juste titre bien sûr – comme le plus grand sportif de tous les temps. «On a eu beau fouiller, aucune icône d'un sport mondialisé n'a étendu son règne aussi longtemps», écrivent-ils entre un hommage grandiloquent et une envolée dithyrambique.

Non, aucun autre athlète, aucun autre sportif n'a réussi un pareil tour de force. Personne n'a su être le meilleur dans son domaine en janvier 2004 et le redevenir... quatorze ans plus tard. Personne. A titre de comparaison dans le domaine sportif : t'imagines qu'à l'époque où le Maître a pris pour la première fois le pouvoir sur le circuit mondial, Hermann Maier dominait le cirque blanc, Pavel Nedved était Ballon d'Or, Chapuisat et Frei menaient l'attaque de la Nati alors que, dans le top ten, il y avait des joueurs de son âge comme Roddick, Ferrero ou Nalbandian ? Tous ces sportifs sont aujourd'hui à la retraite, postent des photos de leurs enfants sur Instagram ou sont consultants pour des chaînes de télé. Rodgeur, lui, continue d'empiler les trophées et les records, de traverser les générations et de marquer la grande histoire de son sport au fer doré de sa classe. Sa classe federesque. Et je milite publiquement pour que cet adjectif entre dans le Larousse !
 
Ainsi donc, après avoir décroché le Graal une première fois le 30 janvier 2004, une deuxième le 5 juillet 2009 et une troisième le 8 juillet 2012, l'homme de tous les superlatifs s'offre un quatrième séjour dans le fauteuil du patron dès le 19 février 2018, à 36 ans, 6 mois et 11 jours. La grande histoire retiendra que c'est aux Pays-Bas, nation connue pour être située sous le niveau de la mer, que Rodgeur a atteint l'Everest tennistique ; la petite histoire retiendra qu'il y a gagné son 97ème titre face à un Dimitrov une nouvelle fois hyper décevant, balayé en 54 minutes (pauvres spectateurs...) et qui n'a de Baby Federer que le Baby. On retiendra aussi les émotions et la cérémonie de vendredi soir durant laquelle le Maître
– rayonnant a reçu un trophée en carton confectionné par des élèves de deuxième primaire. Mais on allait quand même pas demander à des Bataves de réaliser un trophée en diamant brut...

Trois titres du Grand Chelem et la place de numéro 1 mondial, voici le bilan du Rodg depuis son retour en janvier 2017. Quoi qu'il arrive désormais, que le Maître reste quatre ou cinquante semaines sur le trône, qu'il gagne zéro ou six Majeurs, sa fin de carrière restera comme son chef d'oeuvre absolu, sa signature divine, son empreinte magique. On a adoré sa domination sans partage – terre battue exceptée – entre 2004 et 2009 ; on a appris à souffrir avec lui durant l'ère du Big Four entre 2010 et 2016 ; on est aujourd'hui en extase face à cet ultime sursaut d'orgueil, ce retour magistral du Phénix, ce dernier tour de piste au scénario aussi jouissif qu'improbable. A l'image de la Coupe du Monde 2006 de Zidane, sans le coup de boule et avec le titre au bout. Une carrière en trois chapitres qui méritera, lorsque le rideau sera tombé et que les larmes auront séché, un triptyque au cinéma.

Ma joie est immense, mon émotion toujours très vive et jamais je n'aurai pensé, moi qui baigne dans le tennis depuis ma plus tendre enfance, que ce sport puisse avoir un jour un tel ambassadeur. Qu'un homme puisse repousser à tel point les limites de ce sport. Qu'un compatriote puisse devenir une idole planétaire. Et que je puisse un jour échanger des what's app avec Dieu. 

12.2.18

A trois matches du trône !

C'est évidemment LA nouvelle de la semaine et ça fait déjà frémir tous les fans de la petite balle jaune : Roger Federer a décidé de s'aligner au tournoi de Rotterdam et (de tenter) de chiper cette place sur le trône à son éternel rival. Il lui faudra donc trois «petites» victoires, six sets ou trente-six jeux afin de devenir le plus vieux numéro 1 mondial de l'histoire et d'ajouter une énième ligne dorée à sa somptueuse légende. La fenêtre est trop belle, le champ de tir trop parfait et Rodgeur, en fin sniper, a mille fois raison de sauter sur l'occasion. 

T'imagines l'excitation qui doit régner à Rotterdam et la tête du directeur du tournoi quand il a reçu le téléphone du plus grand joueur de tous les temps ? «Bonjour, c'est Roger Federer, j'aimerais participer à votre tournoi...» «Heu... c'est qui ? Roger Federer ?!? Oui oui, et moi c'est Elvis Presley ! Allez, merci pour le gag et à bientôt...» Eh bien non, ce n'est pas un gag Monsieur le Directeur, l'homme aux 20 tournois du Grand Chelem (comme c'est bon de l'écrire !) sera bel et bien présent et les organisateurs doivent crouler sous les demandes de billets et d'accréditations à l'heure où j'écris ces quelques lignes. D'un crouille ATP 500, ce tournoi est devenu l'événement tennistique du mois de février, et ceux qui ont eu la bonne idée d'acheter des billets pour la semaine pourraient bien faire des affaires au marché noir... 

Roger Federer à Rotterdam, c'est l'action Apple après le lancement du premier iPhone, c'est le PSG après l'arrivée des Qataris, c'est Emily Ratajkowski qui sonne à ta porte un samedi après-midi, c'est les Rolling Stones qui demandent à venir jouer au Venoge Festival ! Bref, c'est un peu comme si un mec ouvre un boui-boui dans la banlieue de Madrid et que, le jour de l'inauguration, Cristiano Ronaldo l'appelle pour réserver une table... 

Clin d'oeil du destin, le Maître – s'il gagne ses deux premiers tours – pourrait retrouver un certain Stan Wawrinka en quart de finale dans un derby suisse qui vaudra très cher, surtout pour Rodgeur, dont les mots ont le mérite d'être clairs : «Jouer la première place mondiale vendredi contre Stan Wawrinka, cela sera comme disputer la finale d'un tournoi du Grand Chelem !» On n'y est pas encore et pour se frayer un chemin vers l'Everest tennistique, le sommet de l'Olympe, vers cette place sur le trône qu'il n'a plus occupé depuis le 4 novembre 2012 (!), le Bâlois devra d'abord écarter Bemelmans avant un huitième de finale contre Khachanov ou Kohlschreiber. Tu me connais, autant je me tape des Jeux Olympiques comme de mon premier rendez-vous chez le dentiste, autant je ne raterai pas une miette du tournoi néerlandais et de ces trois duels qu'on peut d'ores et déjà qualifier d'historiques. Oui, je m'enflamme, je ne tiens plus en place et, pour tout te dire, je suis à deux doigts de réserver mon billet d'avion pour Rotterdam !