20.3.18

Un grand match et une immense frustration

Oui, cette finale fut grandiose, spectaculaire, un peu folle et pleine de suspense. Elle fut même tendue et électrique, avec quelques bonnes prises de becs ici ou là, ce qui devient malheureusement rare sur le circuit. Une finale qui ne fut pas sans rappeler celle de l'US Open 2009 entre ces deux hommes. Là aussi, notre Rodgeur national s'était énervé contre l'arbitre et avait perdu un certain influx. Là aussi, le Bâlois aurait dû remporter la rencontre et avait les occasions pour le faire. Là aussi, il a fini par perdre et craquer complètement en fin de match. 6-2 à New York dans le cinquième set ; 7-2 à Indian Wells dans le tie-break dont deux horribles doubles fautes. Ou comment solder bêtement une finale.

Oui, les similitudes sont nombreuses et la frustration est tout aussi grande. On était tous franc-fous en septembre 2009, on l'était tout autant dimanche soir devant notre télé. A deux doigts d'exploser l'écran avec ma chope de Paulaner ! Alors que le Maître avait fait le plus dur en signant le break à 5-4 au troisième set et qu'il menait 40-15 sur son service, il s'est totalement fourvoyé. Comment un homme qui a gagné 20 tournois du Grand Chelem peut-il tenter deux amorties aussi moisies sur deux de ses trois balles de match ? Pourquoi n'a-t-il pas demandé le challenge sur ce premier service qui effleure la ligne à 40-30 ? Autant de questions qui resteront sans réponse et qu'on aurait meilleur temps de ranger au placard et d'oublier au plus vite. Tu sais, un peu comme ce premier rendez-vous Tinder qui tourne au vinaigre parce que la miss a omis de te dire qu'elle bégayait et qu'elle portait un appareil dentaire que ne renierait pas une adolescente de 13 ans.

Bien sûr, Juan Martin Del Potro est un superbe vainqueur et on est sincèrement content pour lui. Ce mec, trahi par son corps et – un temps – perdu pour le tennis, revient de nulle part et mérite un tel titre, son premier en Masters 1000. C'est accessoirement un bon type et un joueur qui prend des risques et attaque. Très loin des Nadal, Djokovic et autre Murray qui sont à l'ennui et au jeu de défense ce que Pascal Broulis est à l'évasion fiscale. Et je conclus ici ce paragraphe élogieux (on n'est pas là pour se passer la pommade, merde). 

Aujourd'hui, la déception est immense et il faudra quelques jours pour digérer ces trois balles de match et cette affreuse défaite. Tout était pourtant réuni pour une nouvelle grande victoire après ce tie-break d'anthologie et cette rage – comme c'était beau ! – affichée par le Maître. C'est aussi comme ça qu'on aime le voir : dans le dur, dans la résilience, dans le combat. Comme samedi face au surprenant Coric. Bref, il a manqué un ou deux centimètres, un challenge et un peu de lucidité pour qu'on célèbre cette semaine un 98ème titre et qu'on ressorte la panoplie complète des adjectifs dithyrambiques. On se contentera à la place d'attendre Key Biscayne et de conseiller au Rodg de raser cette vilaine barbe et à Marc Gisclon de mettre un peu plus de niaque dans ses commentaires.

1.3.18

Bande de cons !

Et j'ajouterais : crétins, connards, serges, bobets, blaireaux, imbéciles, têtes pleines d'eau, abrutis, inconscients, bref, bande de Gérard Piqué, le joueur le plus con du 21ème siècle ! Tu l'as deviné, je parle bien sûr des dirigeants de l'ITF, l'International Tennis Federation, qui ont annoncé cette semaine vouloir définitivement tuer la Coupe Davis l'an prochain. Ces visionnaires souhaitent donc «««remplacer»»» cette compétition mythique par une sorte de «coupe du monde du tennis» étalée sur sept jours, organisée sur terrain neutre et disputée en mode express (finis les cinq sets et les rencontres au meilleur des cinq matches...). Une merde sans nom qui n'intéressera personne, même si Federer, Nadal, Sampras, Agassi, Rod Laver, Elvis Presley, Michael Jackson, Cléopâtre, Napoléon, Jésus Christ ou ma couille gauche y participent. Bref, ne me parlez pas de remplacement, c'est un enterrement en bonne et due forme. RIP Davis Cup.

Ce que ces mecs n'ont pas compris,
c'est qu'on ne pourra jamais retrouver la passion, la folie et l'adrénaline d'une rencontre de Coupe Davis dans cette espèce de Hopman Cup réservé aux hommes, sans âme ni histoire. On ne pourra jamais remplacer ces ambiances incroyables, ces scénarios complètement dingues, ces affiches improbables, ces craquages d'anthologie ou ces héros d'un jour que seul un week-end de Coupe Davis peut nous offrir. On ne retrouvera jamais le piment d'un affrontement entre deux pays dans une salle comble, chauffée à blanc trois jours durant. JAMAIS. 

Qui n'a pas des étoiles dans les yeux en repensant, un quart de siècle plus tard, à ce Suisse – Brésil à Palexpo et à cette finale à Fort Worth ? Qui a oublié ce Forget – Sampras et cette Saga Africa à Lyon en 1991, ce Suisse – France à Neuchâtel en 2001, la revanche de 2003 à Toulouse (ah, cette victoire en double avec le Maître...) et, plus près de nous, cette apothéose à Lille en 2014 et la naissance de la Ballade des Gens heureux ? Qui n'a pas été touché par la détresse de Paul-Henri Mathieu à Paris, la patate de Novak Djokovic à Belgrade, l'hystérie de Radek Stepanek à Prague, les larmes d’Andy Murray à Gand ou la rage de Juan Martin Del Potro à Zagreb ? Pour des millions de fans de la petite balle jaune à travers le monde, leur meilleur souvenir tennistique rimera souvent avec Coupe Davis. Des instants magiques qu'on ne pourra plus jamais revivre ailleurs, et surtout pas dans une compétition de raccroc comme l'a proposé l'ITF. Ces fossoyeurs, du haut de leur tour d'argent et de leur obsession mercantile, ont oublié que cette Coupe Davis a vu naître des générations de passionnés. Et que, même si elle fut régulièrement boudée par les meilleurs, elle reste un formidable vecteur d'émotions.
 
Comme je l'ai également dit à maintes reprises, la Coupe Davis est la plus belle des vitrines du tennis dans des pays qui n'ont pas la chance d'accueillir de Grand Chelem ou de Masters 1000, ou même des ATP 500. Tu crois que des nations comme la Serbie, la Croatie, la République tchèque, la Belgique, l'Argentine, l'Ecosse ou même la France auraient pu vibrer ces dernières années pour ce sport, pour notre sport sans la Coupe Davis ? Tuer cette compétition, c'est priver toutes ces contrées de grands moments de tennis et, aussi, priver des dizaines de fédérations d'une source de revenus importants.

On ne retrouvera rien de tout ça dans ce bricolage imaginé par l'ITF et ce groupe d'investissement présidé par le footballeur (!) Gérard Piqué, lequel – non content d'avoir la plus belle tête à claques du Barça – vient foutre le bordel dans notre sport préféré. Qu'il se contente d'allumer le Real Madrid sur Twitter, de crémer Lionel Messi sous la douche, de rouler de pelles à Ibrahimovic sur un parking et d'engrosser Shakira ; le reste on s'en occupe, merci pour nous. Gérard Piqué qui vient signer la mort de la Coupe Davis, c'est comme si Yves Allegro annonçait la fin de la Ligue des Champions ou si Jérôme Rudin créait une société afin d'anéantir le Montreux Jazz Festival. 


Bref, l'heure est grave, la catastrophe est proche, la fin d'une époque à portée de raquette, il ne nous reste plus qu'à espérer que l'ITF change d'avis et se rende compte de la monumentale erreur qu'elle est en train de commettre. Mais l'espoir est aussi minuscule qu'un sacre de Serena Williams au concours de Miss Monde : peu de joueurs ont osé prendre la parole pour dénoncer ce choix et certains se sont même réjouis de cette réforme, comme Djokovic ou Murray, et c'est une vraie déception. Finalement, c'est peut-être moi le connard, le naïf, le romantique ou le nostalgique. Je devrais accepter que le tennis que j'ai aimé ne sera plus jamais pareil, que le sport-business aura toujours le dernier mot et qu'il faut faire le deuil d'une certaine idée du tennis. Je dois également accepter l'idée que, le jour où il n'y aura plus de Coupe Davis ni de Roger Federer, ce sport n'aura plus grand-chose à nous offrir...

18.2.18

L'Everest aux Pays-Bas !!!

NUMBER ONE !!!!!!!!!! Le Dieu Roger Federer est donc de retour sur le trône, sur son trône, tout en haut de la planète tennis, au sommet de son art, de sa gloire et de sa splendeur. De sa divinité. «A sa place», comme l'a titré L'Equipe dans son édition de samedi, laquelle débute par un magnifique édito où le Bâlois est considéré – à juste titre bien sûr – comme le plus grand sportif de tous les temps. «On a eu beau fouiller, aucune icône d'un sport mondialisé n'a étendu son règne aussi longtemps», écrivent-ils entre un hommage grandiloquent et une envolée dithyrambique.

Non, aucun autre athlète, aucun autre sportif n'a réussi un pareil tour de force. Personne n'a su être le meilleur dans son domaine en janvier 2004 et le redevenir... quatorze ans plus tard. Personne. A titre de comparaison dans le domaine sportif : t'imagines qu'à l'époque où le Maître a pris pour la première fois le pouvoir sur le circuit mondial, Hermann Maier dominait le cirque blanc, Pavel Nedved était Ballon d'Or, Chapuisat et Frei menaient l'attaque de la Nati alors que, dans le top ten, il y avait des joueurs de son âge comme Roddick, Ferrero ou Nalbandian ? Tous ces sportifs sont aujourd'hui à la retraite, postent des photos de leurs enfants sur Instagram ou sont consultants pour des chaînes de télé. Rodgeur, lui, continue d'empiler les trophées et les records, de traverser les générations et de marquer la grande histoire de son sport au fer doré de sa classe. Sa classe federesque. Et je milite publiquement pour que cet adjectif entre dans le Larousse !
 
Ainsi donc, après avoir décroché le Graal une première fois le 30 janvier 2004, une deuxième le 5 juillet 2009 et une troisième le 8 juillet 2012, l'homme de tous les superlatifs s'offre un quatrième séjour dans le fauteuil du patron dès le 19 février 2018, à 36 ans, 6 mois et 11 jours. La grande histoire retiendra que c'est aux Pays-Bas, nation connue pour être située sous le niveau de la mer, que Rodgeur a atteint l'Everest tennistique ; la petite histoire retiendra qu'il y a gagné son 97ème titre face à un Dimitrov une nouvelle fois hyper décevant, balayé en 54 minutes (pauvres spectateurs...) et qui n'a de Baby Federer que le Baby. On retiendra aussi les émotions et la cérémonie de vendredi soir durant laquelle le Maître
– rayonnant a reçu un trophée en carton confectionné par des élèves de deuxième primaire. Mais on allait quand même pas demander à des Bataves de réaliser un trophée en diamant brut...

Trois titres du Grand Chelem et la place de numéro 1 mondial, voici le bilan du Rodg depuis son retour en janvier 2017. Quoi qu'il arrive désormais, que le Maître reste quatre ou cinquante semaines sur le trône, qu'il gagne zéro ou six Majeurs, sa fin de carrière restera comme son chef d'oeuvre absolu, sa signature divine, son empreinte magique. On a adoré sa domination sans partage – terre battue exceptée – entre 2004 et 2009 ; on a appris à souffrir avec lui durant l'ère du Big Four entre 2010 et 2016 ; on est aujourd'hui en extase face à cet ultime sursaut d'orgueil, ce retour magistral du Phénix, ce dernier tour de piste au scénario aussi jouissif qu'improbable. A l'image de la Coupe du Monde 2006 de Zidane, sans le coup de boule et avec le titre au bout. Une carrière en trois chapitres qui méritera, lorsque le rideau sera tombé et que les larmes auront séché, un triptyque au cinéma.

Ma joie est immense, mon émotion toujours très vive et jamais je n'aurai pensé, moi qui baigne dans le tennis depuis ma plus tendre enfance, que ce sport puisse avoir un jour un tel ambassadeur. Qu'un homme puisse repousser à tel point les limites de ce sport. Qu'un compatriote puisse devenir une idole planétaire. Et que je puisse un jour échanger des what's app avec Dieu. 

12.2.18

A trois matches du trône !

C'est évidemment LA nouvelle de la semaine et ça fait déjà frémir tous les fans de la petite balle jaune : Roger Federer a décidé de s'aligner au tournoi de Rotterdam et (de tenter) de chiper cette place sur le trône à son éternel rival. Il lui faudra donc trois «petites» victoires, six sets ou trente-six jeux afin de devenir le plus vieux numéro 1 mondial de l'histoire et d'ajouter une énième ligne dorée à sa somptueuse légende. La fenêtre est trop belle, le champ de tir trop parfait et Rodgeur, en fin sniper, a mille fois raison de sauter sur l'occasion. 

T'imagines l'excitation qui doit régner à Rotterdam et la tête du directeur du tournoi quand il a reçu le téléphone du plus grand joueur de tous les temps ? «Bonjour, c'est Roger Federer, j'aimerais participer à votre tournoi...» «Heu... c'est qui ? Roger Federer ?!? Oui oui, et moi c'est Elvis Presley ! Allez, merci pour le gag et à bientôt...» Eh bien non, ce n'est pas un gag Monsieur le Directeur, l'homme aux 20 tournois du Grand Chelem (comme c'est bon de l'écrire !) sera bel et bien présent et les organisateurs doivent crouler sous les demandes de billets et d'accréditations à l'heure où j'écris ces quelques lignes. D'un crouille ATP 500, ce tournoi est devenu l'événement tennistique du mois de février, et ceux qui ont eu la bonne idée d'acheter des billets pour la semaine pourraient bien faire des affaires au marché noir... 

Roger Federer à Rotterdam, c'est l'action Apple après le lancement du premier iPhone, c'est le PSG après l'arrivée des Qataris, c'est Emily Ratajkowski qui sonne à ta porte un samedi après-midi, c'est les Rolling Stones qui demandent à venir jouer au Venoge Festival ! Bref, c'est un peu comme si un mec ouvre un boui-boui dans la banlieue de Madrid et que, le jour de l'inauguration, Cristiano Ronaldo l'appelle pour réserver une table... 

Clin d'oeil du destin, le Maître – s'il gagne ses deux premiers tours – pourrait retrouver un certain Stan Wawrinka en quart de finale dans un derby suisse qui vaudra très cher, surtout pour Rodgeur, dont les mots ont le mérite d'être clairs : «Jouer la première place mondiale vendredi contre Stan Wawrinka, cela sera comme disputer la finale d'un tournoi du Grand Chelem !» On n'y est pas encore et pour se frayer un chemin vers l'Everest tennistique, le sommet de l'Olympe, vers cette place sur le trône qu'il n'a plus occupé depuis le 4 novembre 2012 (!), le Bâlois devra d'abord écarter Bemelmans avant un huitième de finale contre Khachanov ou Kohlschreiber. Tu me connais, autant je me tape des Jeux Olympiques comme de mon premier rendez-vous chez le dentiste, autant je ne raterai pas une miette du tournoi néerlandais et de ces trois duels qu'on peut d'ores et déjà qualifier d'historiques. Oui, je m'enflamme, je ne tiens plus en place et, pour tout te dire, je suis à deux doigts de réserver mon billet d'avion pour Rotterdam !

28.1.18

La vingtième symphonie du Maître

En larmes les mecs, en larmes !!!!!! Comme des millions de fans à travers le monde, comme la plupart des veinards présents dans la Rod Laver Arena, comme son entourage, ses coaches, sa famille, comme toi je pense, ô fan invétéré du Dieu Rodgeur, j'ai pleuré à chaudes larmes en ce dimanche 28 janvier 2018. Pleuré parce que les images était trop belles, l'émotion trop forte, la joie tellement intense. Pleuré parce que la réalité dépasse la fiction, parce que le temps s'est arrêté en cette nuit divine, parce que le conte de fée, la fable magique Roger Federer nous touche et nous émeut au plus profond de nos coeurs. Alors dimanche j'ai chialé comme un gosse devant son idole. L'idole de tout un peuple.

Roger Federer fait partie de nos vies, on l'aime comme un ami, un proche, un frère. On a tous un souvenir marquant d'une de ses victoires qu'on a célébré à grands coups d'accolades et de chants avec nos potes. On a tous grandi à travers ses triomphes, ses records, ses changements de look, ses défaites, ses périodes de doutes. Comme les Français l'écrivaient à propos de Johnny Hallyday, on a tous en nous quelque chose de Federer. 

Cette volonté de prolonger la nuit.
Ce désir fou de vivre une autre vie.
Ce rêve en nous avec ses mots à lui.

20 tournois du Grand Chelem les amis, 20 !!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (Oui, ça mérite bien 20 points d'exclamation, 20 shots et 20 bouteilles de champagne, et bien plus encore...) Le Maître a donc soulevé son vingtième trophée majeur dans le ciel de Melbourne et défonce encore plus les portes de l'irrationnel, de l'impossible, du surnaturel. Les portes de son propre mythe. On peut comparer sa carrière à une symphonie, une collection, un chef d'oeuvre. A la symphonie de Ludwig von Beethoven, à la collection de Léonard de Vinci, au chef d'oeuvre de Victor Hugo. Rodgeur n'a plus de semblables dans le monde du sport, alors autant essayer de lui en trouver dans le monde de l'art ! 

Oui, le GOAT est au-dessus de la mêlée avec ce vingtième titre en Grand Chelem, au-dessus de toutes les étoiles sportives. Devant les Pelé, Michael Jordan, Mohamed Ali, Usain Bolt, Michael Phelps, Michael Schumacher ou autre Jack Nicklaus... En atteignant ce nombre mythique de 20 Grands Chelems à 36 ans et demi, Sa Majesté Rodgeur a explosé le dernier plafond de verre qui lui résistait. Reste encore à aller chercher cette place de numéro 1 mondial qui lui tend les bras, histoire de parachever sa symphonie et d’ajouter une nouvelle ligne dorée à son incroyable légende !
Vivre pour le meilleur...

Après des demi-finales aussi infectes que le nouveau logo du Lausanne-Sport et un tournoi globalement décevant, la finale a – heureusement – sauvé un peu les meubles. On espérait un beau combat, on rêvait d'un match en cinq sets, ceux-ci ont bel et bien eu lieu. A des années lumières du chef d'oeuvre de 2017, bien sûr, mais cette finale a quand même largement tenu ses promesses et apporté son lot d'émotions. Notamment à la fin du deuxième set et surtout au début d'un cinquième set irrespirable avec ces deux balles de break sauvées par le roi Rodgeur. Nul ne sait ce qu'il serait arrivé si le Croate avait concrétisé l'une de ses deux occasions et gagné ainsi un sixième (!) jeu de suite... Dans les cordes, bousculé par un Cilic en pleine bourre, le Maître aurait-il craqué ? Personne ne le sait et à vrai dire on s’en branle... Tout ce qu'on sait aujourd'hui, c'est que la suite ne fut qu'une formalité, une puissante jouissance jusqu'au Graal !
Que je t'aime, que je t'aime. Et je vais arrêter ici de citer du Johnny, tu vas me prendre pour Pascal Droz... 

Allez, même en ce jour de plénitude totale, je vais quand même faire mon éternel grincheux et regretter que les organisateurs de l'Open d'Australie (ou les dirigeants de l'ATP...) n'aient pas pensé à célébrer ce vingtième historique. Aucune vidéo diffusée sur les écrans géants, aucun chiffre 20 projeté dans le stade, aucun feu d'artifice, aucune surprise, rien. Dommage et ô combien décevant ! Le plus grand tennisman de tous les temps aurait mérité un hommage plus vibrant que ces simples discours... Malgré leurs défauts, les organisateurs de Roland Garros avaient, eux, au moins eu le bon goût de mettre sur pied une magnifique célébration pour la Decima de Rafael Nadal. Et moi qui croyais que les Australiens avaient de l'imagination et des idées... Bref, passons.    

Wimbledon 2003 – Australian Open 2018... 16 ans et 20 titres majeurs, du premier sacre contre Philippoussis à cette apothéose contre Cilic en passant par ces duels de légende contre Agassi, Roddick,
Nadal ou Djokovic. Roger Federer, seul tennisman sur terre à avoir traversé trois générations en continuant à gagner, à évoluer, à impressionner, et en ayant toujours gardé intact ce plaisir de jouer. Federer défie le temps, la nature, l'Histoire. Comme dirait un pote : quand j’ai envie de communier avec Dieu, pas besoin d’aller à l’église, je me pose devant la télé et regarde Federer. Bref, merci Rodgeur pour ces 20 Majeurs, merci pour ces émotions à la pelle, ce bonheur à profusion, cette joie unique. Merci, tout simplement, d'être de la même époque que nous. Rien n'aurait été pareil sans toi, rien !!!   

24.1.18

Trop beau pour être vrai...

Oui, cela semble être trop beau pour être vrai et, même dans nos rêves les plus dingues, on n'aurait jamais pu imaginer un tel scénario ! A l'image de l'édition 2017, cet Open d'Australie 2018 – qu'on trouvait insipide et banal jusqu'à lundi – est devenu en l'espace de 48 heures complètement renversant, incroyable, hors du commun, sans queue ni tête, sans logique ni favori, bref, fou fou fou ou plutôt chung chung chung ! Dans la droite lignée des derniers US Open et Masters...  

Ainsi donc, trois des principaux favoris sont tombés de manière totalement improbable : tout d'abord Novak Djokovic, balayé en trois petits sets par LA sensation du tournoi, j'ai nommé Hyeon Chung, un doux mélange entre Guillaume Raoux pour les lunettes, Michael Chang pour le physique, ma nièce de 12 ans pour les boutons et... Novak Djokovic pour le jeu de défense. Après avoir éliminé Zverev et le coton-tige, le Sud-Coréen a corrigé le tout aussi inconnu Sandgren et offre la première demi-finale de Grand Chelem à son pays. Historique.

Alors qu'on pensait assister à un mardi tranquille avec les qualifications attendues de Nadal et Dimitrov, le ciel est de nouveau tombé sur la tête des favoris. Et plutôt deux fois qu'une ! Premier choc avec le couac de Baby Federer contre l'étonnant Kyle Edmund, le joueur qui a la particularité d'avoir disputé ses cinq premiers matches sur cinq courts différents (passant de l'anonymat du court no 13 aux milles projecteurs de la Rod Laver Arena...) et qui a été mené deux sets à un dans ses premiers et troisième tours. Un mec qui, tel un un bon Britchon devant une pint de Guinness, a de la ressource et du coffre... Quant à Dimitrov, finalement aussi décevant qu'un Zverev, un Goffin ou un Thiem, il a encore toutes les peines du monde à confirmer les immenses espoirs placés en lui lors des Majeurs, et cette gifle doit le faire méchamment redescendre sur terre. 

Autre gifle reçue, celle de Popeye contre un Marin Cilic en feu et par moments hystérique... Clairement l'un des gros matches de cette quinzaine, enfin, avant que le Majorquin jette l'éponge à cause de sa blessure à la cuisse et laisse évidemment un goût d'inachevé à ce match qui commençait à atteindre des sommets. La Momie n'est pas encore guérie, quitte le tournoi la mort dans l'âme et, pour tout te dire, je dors désormais bien plus sereinement, sachant que Nadal restera à 16 Majeurs jusqu'au mois de juin et son onzième Roland Garros...

A tout Maître tout honneur, concluons ce post en évoquant le quart de finale piégeux mais victorieux de notre Rodgeur national. Le Bâlois, maladroit et nerveux au début de la rencontre, a gagné le premier set on ne sait pas trop comment, en profitant de son ascendant psychologique sur Berdych et en sauvant notamment deux balles de set. La suite ne fut qu'une formalité contre un Tchèque sans solution et touché moralement, comme toujours quand il affronte le Suisse... Rodgeur disputera donc une 43ème demi-finale en Grand Chelem (!) face à l'incroyable Chung. Attention à ne pas s'enflammer et à ne pas trop parler de boulevard... Même si tous les feux sont au vert, il faut se rappeler ici de l'US Open 2014 et, plus près de nous, du Masters 2017 où l'on avait presque déjà ouvert le champagne quand on a su que les trois autres demi-finalistes étaient Goffin, Dimitrov et Sock... Bref, on respire, on reste calme et on ne prend personne de haut, surtout pas Chung !        

20.1.18

Rien de fou sous le soleil...

Comme l'ont relevé plusieurs lecteurs, on s'ennuie ferme du côté de Melbourne Park pour l'instant. Le Happy Slam pourrait s'appeler le Boring Slam, même s'il faut reconnaître que c'est souvent le cas dans les premières semaines de Majeur. Les deux favoris Nadal et Federer se baladent tandis que Djokovic, qu'on peut aussi considérer comme l'un des principaux prétendants au titre, a eu très chaud au propre, mais pas au figuré... Et leur promenade de santé devrait se poursuivre car ce n'est ni Schwartzman, ni Fucsovics (c'est un bonbon contre la toux ?), ni Chung qui vont les faire trembler. 

Le tournoi est d'ailleurs passé à côté du premier vrai choc suite à l'élimination pitoyable d'Alexander Zverev. Dominé par ledit Chung qui affrontera le coton-tige au prochain tour, l'Allemand a une nouvelle fois déçu en Grand Chelem et a offert un bien triste spectacle dans la quatrième et, surtout, dans la dernière manche, perdue lamentablement 6-0 en n'ayant montré aucun signe de révolte. Aussi pathétique et affligeant que l'initiative «No Billag» (voilà, c'est dit, je voterai évidemment non à cette initiative et j'emmerde tous les initiants, le jeune UDC Jean-Philippe Gay-Fraret en tête), le numéro 4 mondial sort du tournoi par la toute petite porte et devra passer par une grosse remise en question. Et par quelques bonnes paires de baffes.

Bref, c'est facile, trop facile pour les favoris et celui qui a fait (un peu) le show en ce début de quinzaine n'est autre que l'enfant des lieux, le Gaël Monfils des Antipodes, le John McEnroe du très pauvre ou le bad-boy au QI d'un tournevis (je suis méchant avec les tournevis, je m'en excuse), j'ai nommé Nick Kyrgios. Le grand dadet a battu Tsonga au mental dans un match qui, s'il était allé jusqu'au cinquième set, aurait pu être dantesque. Mais voilà, le Kinder Bueno a réussi l'exploit de perdre les trois tie-breaks de manière assez incompréhensible, notamment celui du quatrième set où ses nerfs étaient aussi solides que ceux de Granit Xhaka au moment de tirer un pénalty. Résultat des courses, il n'y aura pas de tennisman français en deuxième semaine de Grand Chelem, une première depuis 2015. J'avais bien raison quand je disais fin novembre que les Bleus devaient fêter leur Coupe Davis comme jamais : l'avenir ne s'annonce pas radieux pour eux et ce n'est pas leur ««leader»» Lucas Pouille, sorti sans gloire au premier tour, qui va faire renaître le tennis tricolore de ses cendres... 

Un dernier mot sur notre Rodgeur national qui va bien, merci pour lui. Le Bâlois a donc balayé l'une de ses victimes préférées, Richard Gasquet, toujours aussi impuissant face au Maître. Il enchaîne les night-sessions comme les victoires en trois sets et semble très affûté. Bref, on se réjouit de la suite et on espère enfin vibrer un peu, à commencer par le huitième de finale entre Kyrgios et Dimitrov, Baby McEnroe vs Baby Federer (version Weight Watchers quand même), qui pourrait être le premier gros match du tournoi !