31.1.22

De la grande joie à la grande claque…

Cet Open d’Australie avait démarré de la meilleure des manières avec l’expulsion du pays du vilain petit canard, j’ai nommé l’innommable Novax Djokovid. Le numéro 1 mondial nous a d’ores et déjà offert le pire soap-opéra de l’année. Une série de troisième zone avec un scénario pourri, des décors de merde et des acteurs médiocres, à commencer par l’infect clan Djokovic qui, depuis sa Serbie natale, a étalé toute sa mauvaise foi. On relèvera quand même un gros point positif : son happy end ! Avec ce retour en avion forcé du coton-tige, sous les applaudissements de toute la planète tennis et les quelques rares sifflets de la communauté serbe et de cet âne de Kyrgios. Quand ton principal défenseur s’appelle Nick Kyrgios, tu sais déjà que tu fais tout faux. Un peu comme si ton avocat s’appelle Marc Dutroux. Bref, on était sereins, rassurés du fait que Djokonaze allait rester à 20...

Et voilà-t-il pas que celui que personne, mais alors personne n’attendait est sorti du bois pour mettre une immense claque à tous les fans de Roger Federer, moi en premier. Notre Rodgeur national n’est officiellement plus le plus grand joueur de tous les temps et, rien que de l’écrire, ça me donne envie de chialer. Ça ne va évidemment pas changer grand-chose à nos vies. Nos soucis seront toujours les mêmes, nos gueules de bois toujours aussi pénibles, nos réseaux sociaux toujours aussi répétitifs et notre iPhone toujours autant rempli de groupes what’s app à la con. Reste que voilà, celui qui domine le tennis depuis son quinzième sacre à Church Road en juillet 2009 n’est plus au sommet de l’Olympe. Ça fait mal. Très mal même.    

Bref, faut-il s’incliner devant l’exploit retentissant du taureau de Manacor ou plutôt regretter le fait que notre Rodgeur national n’est plus le détenteur du record de Grand Chelem ? Un peu des deux. Une chose est sûre, avoir gagné ce 21ème Majeur dans ces conditions-là, suite à un match, que dis-je, un chef d’œuvre de 5h24 (!), une ode au mental et à la gagne, fait de Rafael Nadal le plus grand tennisman de tous les temps. Il devient le GOAT en remportant l’un des plus beaux matchs de sa carrière, si ce n’est le plus beau, dans un stade où il avait subi tant de désillusions avec pas moins de quatre finales perdues, dont deux plus que jouissives face à Stan et Rodgeur (j’en durcis encore).

Encore plus fort, Rambo réalise cet exploit après avoir pris une pause de cinq mois, puisqu’il n’avait plus disputé de match depuis le début du mois d’août, le tout après un parcours à Melbourne qui n’avait rien d’un long fleuve tranquille, avec notamment Khachanov au troisième tour, Shapovalov en quart, Berrettini en demi et, surtout, le roc Medvedev en finale. Pour ajouter une dose de panache et de mythique à cette histoire incroyable, digne des plus grandes légendes du sport moderne, Popeye a réussi l’Exploit (oui, avec un E majuscule) de remonter un déficit de deux sets à zéro. Franchement, c’est hors du commun et l’avalanche de louanges quil récolte depuis dimanche est largement méritée. 

Note de lauteur : je le concède volontiers, ces deux dernières phrases puent la résignation. Je suis résigné.

Je ne sais d’ailleurs pas comment il a fait pour se remettre de la perte d’une deuxième manche qui lui tendait les bras, galvaudant une balle de set au passage. Je ne sais pas comment Medvedev a réussi à se fourvoyer ainsi, lui qui a raté trois balles de break consécutivement au début du troisième set. Putain de merde, le taureau était à terre, mourant, en sang, prêt à être abattu par celui qui allait devenir double vainqueur en Majeur et futur numéro 1 mondial. Mais voilà, telle une bête blessée, Hulk a réussi à trouver les ressources mentales et physiques pour retourner ce match, bien aidé il est vrai par un public complètement acquis à sa cause, frôlant parfois la correctionnelle. A tel point que le pauvre Russe a fini traumatisé, craquant totalement en conférence de presse et parlant même de faire un break... Allez Daniil, ne déprime pas, lance un coup de fil à Djokobite et demande lui quelques conseils. Être détesté par tout un stade, il sait ce que c’est.

Voilà les gars, une grande page de l’histoire du tennis s’est déroulé devant nos yeux hier après-midi. Il y aura un avant et un après 30 janvier 2022 et, même sil s'est fendu dun superbe hommage sur les réseaux sociaux, Federer doit quand même l’avoir mauvaise. Ce 21ème Grand Chelem aurait dû être le nôtre. Ce putain de 21ème Grand Chelem aurait dû avoir lieu le 14 juillet 2019 à Londres. Oui, j’y pense encore. J’y penserai toujours. J’y ai pensé mille fois hier. Le plus grand s’appelle désormais Rafa et il va falloir vivre avec ça. 

PS : cest un post à la con, indigne de ce blog, je sais. Désolé les amis, je n’ai juste pas envie.

22.11.21

Peng Shuai éclipse un triste Masters

Cette semaine, le monde de la petite balle jaune a beaucoup parlé de la disparition de la joueuse chinoise Peng Shuai et très peu du premier Masters de l’histoire disputé à Turin, une ville dont la culture tennistique est aussi grande que la culture de la gagne des clubs romands (hockey et football confondus). C’est dire si cette cuvée 2021 du tournoi des «maîtres» – guillemets de rigueur – n’a pas fait rêver les foules. Le public ne s’y est pas trompé et, malgré une superbe salle et une organisation qui a tenu la route, aucun match ne s’est disputé à guichets fermés. L’ambiance n’a d’ailleurs jamais atteint des sommets, pour ne pas dire qu’elle fut complètement merdique.


Le match qui aurait pu sauver cette semaine ? Le «choc» entre Daniil Medvedev et le régional de l’étape, le très prometteur Jannik Sinner, aurait pu passionner le public italien et les téléspectateurs. Or, pour de sombres raisons financières, cette partie a été programmée le soir au lieu de l’après-midi et n’avait du coup plus aucun intérêt sportif, Sinner ayant remplacé Berrettini après le premier match et ne pouvant plus être qualifié suite à la victoire de Zverev dans la journée. Un détail, me diras-tu, mais vu la pauvreté des rencontres et du casting, les organisateurs auraient au moins pu avoir la décence de réfléchir avec leur cerveau plutôt qu’avec leur porte-monnaie. Bref, une belle bande de bras cassés.


Un non-tournoi des maîtres qui n’a réuni que deux vainqueurs de Grand Chelem (!) et dont le tableau faisait plus penser à un ATP 500 qu’au bouquet final d’une saison. Un bouquet final qui est d’ailleurs à l’image de la daube servie entre janvier et novembre cette année. Je sais, je suis aigri et frustré de cette saison sans Suisses, et ça ne risque pas de s’arranger avec les années. Comme je l’ai souvent dit, le tennis a vécu son âge d’or et les saisons qui nous attendent ne pourront rien nous offrir de bien excitant, si ce n’est de voir échouer Djokovic dans sa quête aux records. Et à ce sujet, on peut remercier Zverev d’avoir permis à Rodgeur de garder son record de six Masters pour une année au moins. 


Ceci étant, au milieu de tous ces noboby au charisme d’une huître fermée que sont Ruud, Norrie, Hurkacz et autre Rublev, la hiérarchie a quand même été respectée avec une finale entre deux des trois ogres du tennis actuel. Une finale à sens unique, sans la moindre passion ni émotion, qu’Alexander Zverev a très facilement remporté. L’Allemand de 24 ans, qui n’arrive toujours pas à gagner en Majeur, confirme qu’il est bel et bien l’homme fort des tournois au meilleur des trois sets. En tout cas, le protégé de David Ferrer vient de réaliser sa plus belle saison, ponctuée par six titres, dont deux Masters 1000, l’or olympique et son deuxième tournoi des maîtres.      


Voilà, je ne pourrai pas terminer ce post sans dire un gros «FUCK 2021 !», cette année où Djokobite est passé de 17 à 20, où Wawrinka n’a joué que trois matches (pour trois défaites) et où le fantôme de Federer a pris une affreuse roue de vélo à Wimbledon. Dans ce cauchemar absolu, saluons la magnifique saison de Belinda Bencic, l’arbre qui cache la forêt, brillante médaillée d’or à Tokyo et finaliste de la Billie Jean King Cup. 


Allez, on se retrouve en janvier pour un Open d’Australie qui n’augure rien, mais alors vraiment rien de bon. Des becs et de joyeuses fêtes à toutes et tous !

14.9.21

Djokovic est un humain

Et non, Novak Djokovic n’est pas un extraterrestre. Comme toi et moi, il a des émotions, il peut avoir peur, se chier dessus, se liquéfier et perdre ses moyens. Ce rendez-vous avec la grande Histoire du tennis qu’il a magistralement raté le rend finalement plus sympathique, plus proche de nous. Loin de moi l’envie de crier ma flamme au coton-tige, mais je dois avouer que je l’ai trouvé assez touchant dimanche soir. Assez noble dans la défaite, alors qu’il aurait pu réaliser le plus grand exploit de son sport, voire du sport tout court.

Si je ne devais garder qu’une image de cette finale à sens unique, c’est celle de cette pause à 6-4 6-4 5-4, lorsque les 24'000 spectateurs du Arthur Ashe Stadium se sont mis à acclamer celui que tout le monde adorait détester. Lorsque tout un stade – complètement acquis à sa cause depuis les premiers coups de raquette – a tenté de le pousser vers un exploit impossible. Mais qui, pour ce Djokoboss dont la marque de fabrique est de renverser des montagnes, de retourner des situations complètement improbables, semblait encore à sa portée. Rarement, voire jamais habitué à ce genre de soutien dans un tournoi du Grand Chelem, le numéro 1 mondial a fondu en larmes. On a beau haïr ce mec, le conchier pour toutes les défaites qu’il a infligées au Maître, avec en point d’orgue ce funeste 14 juillet 2019, ces images resteront belles.

Ainsi donc, il n’y aura pas de Grand Chelem calendaire pour l’ennemi juré de Roger Federer et Rafael Nadal. L’exploit de Rod Laver, réalisé en 1969, reste intouchable, inatteignable. Et le restera certainement pour les prochaines décennies. Pourtant, le sosie de Joe Dalton en était si proche. On peut même se demander si cette finale aurait pu tourner en sa faveur avec un deuxième set dans la poche. Ce deuxième set qu’il entamera en ratant cinq balles de break lors des deux premiers jeux… avant de fracasser sa raquette de rage contre le sol, ce qui reste évidemment moins grave qu’une balle balancée en pleine tronche d’une juge de ligne.

On pourra aussi se demander si son détour par Tokyo, pour y perdre sa crédibilité, son énergie et sa confiance, n’a pas précipité son échec final à New York. Je te rassure, ça reste un souci aussi vital que la programmation du Paléo 2022 ou le nom du prochain coach du FC Sion. Au final, on s’en branle complètement et on est bien content, pardon, on est super HEUREUX, re-pardon, on BANDE COMME DES TAUREAUX à l'idée que Djokobite ne fasse pas la une des journaux mondiaux cette semaine. Les dieux du tennis que sont Rodgeur et Rafa ne méritaient pas ça. Leurs fans que nous sommes non plus. Le Serbe finira bien par nous la mettre (et nous la d'ailleurs bien mise par le passé), mais il naura au moins pas le plaisir de le faire suite à un Grand Chelem calendaire. On se console comme on peut. Avec ou sans lubrifiant.

Merci Daniil Medvedev donc. Oui, il convient de terminer ces quelques lignes en félicitant celui qui a permis aux 99% des fans de tennis de se réveiller avec le sourire ce matin. Putain les gars, on na jamais autant aimé un mec qui ressemble à un croque-mort. Ce grand échalas au jeu désarticulé et au charisme d’une motte de beurre offre un premier titre majeur à cette génération de losers qu’on a surnommé la NextGen, ces petites bites sans caractère habituées à perdre leurs moyens dès que la pression monte. Le lauréat du dernier Masters a réussi là où tous les autres, Zverev et Tsitsipas en tête, se sont plantés : gagner un titre du Grand Chelem face à l’un des trois monstres sacrés. Ce Russe aux airs de Fantomas ne fait rêver personne, y compris sa loge garnie de trois pelés, mais son jeu est solide et son mental semble tenir la route. 

Bref, bravo à toi, le grand pin de Moscou, le Pierre Richard de la petite balle jaune. Et encore merci d’avoir permis au tennis de rester à 20 – 20 – 20. Jusqu’en janvier en tout cas. Et plus si affinités.

8.8.21

40 !

Cher Roger, cher Ami, cher Dieu, 

Aujourd’hui, tu fêtes tes 40 ans et franchis cette barre symbolique de la quarantaine. Un si bel âge et une étape si importante dans la vie d’un homme et d’un sportif. 

Afin de marquer le coup sur ce blog que je tiens depuis août 2006, j’ai eu l’idée de lister les dix plus belles victoires de ta somptueuse carrière. Un choix évidemment subjectif, influencé par mes émotions sur le moment, que je sois présent dans le stade ou devant ma télé. 

De très grands moments de bonheur que je t’invite à revisiter avec moi, ami lecteur. On démarre par le dixième et on finit par l'Apothéose avec un grand A :

10. Federer – Philippoussis 7-6 6-2 7-6
6 juillet 2003, Wimbledon – finale

Comme ta première fois au pieu, là tu es venu en moins de 30 secondes, ce premier Majeur tient forcément une place à part dans la carrière du plus grand joueur de tous les temps. Je classe ce match «seulement» dixième car les neuf victoires qui suivent me semblent encore plus marquantes que ce premier des vingt Grands Chelem du Maître. A 21 ans, le Bâlois confirme les énomres attentes placées en lui depuis son adolescence. Les images du Suisse à genoux sur le Centre Court sont éternelles. Le début d'une grande aventure et d'une folle histoire d'amour entre Rodgeur et tous ses fans, tout son pays.

9. Federer – Del Potro 3-6 7-6 19-17
3 août 2012, Jeux Olympiques – demi-finale

Une demi-finale de tous les superlatifs dans l’enceinte magique de Church Road. Les deux joueurs vont livrer un combat épique de 4h26, le plus long match de l’histoire du tennis en deux sets gagnants. 4h26 de coups de martiens, de renversements de situation, de tension et d’excitation. Un thriller qui aurait fait retourner Alfred Hitchcock dans sa tombe, et une médaille d'argent à la clé. Un truc de fou que seul Roger Federer peut nous concocter.

8. Federer – Agassi 6-3 2-6 7-6 6-1
11 septembre 2005, US Open – finale  

Deux monstres. Deux rock stars. Deux idoles. Le passé, le présent et le futur du tennis. Le plus grand stade du monde. Une date ô combien symbolique. A l’image du Federer – Sampras de 2001, ce duel entre gentlemen marque une passation de pouvoir dans la grande histoire de la petite balle jaune. Deux mythes qui auront profondément marqué et inspiré leur génération. J'avais dégusté ce match comme un vieux Bordeaux qu'on savoure devant un feu de cheminée un soir de neige dans un chalet de luxe.

7. Federer  – Soderling 6-1 7-6 6-4
7 juin 2009, Roland Garros – finale 

L’hymne suisse à la Porte d’Auteuil. Les larmes du Rodgeur. Mes larmes dans ma cabine de commentateur. Le bonheur d’un public complètement épris du Maître. En ce dimanche de grâce, Roger Federer vainc enfin la malédiction et s’offre le dernier Majeur qui manque à sa collection. Si cette finale s’apparente à un chemin tranquille, son parcours jusqu’en finale est aussi fou que chaotique. Il réalise un petit miracle en huitième contre Tommy Haas où il est mené deux sets à zéro et 4-3, balle de break , élimine Gaël Monfils en quart dans un Philippe Chatrier à 99% pour lui (!) avant de retourner une demi-finale mal embarquée contre Juan Martin Del Porto. Le reste n’est que magie et étoiles dans les yeux.

6. Federer – Gasquet 6-4 6-2 6-2
23 novembre 2014, Coupe Davis – finale 

Le scénario de ce match n’est évidemment pas le plus fou puisqu’il s’agit d’un véritable monologue du Maître face à un Gasquet à l'image de l'équipe de France et de l'idiot en chef Tsonga : pathétique. Mais il s’agit du plus beau titre en sport collectif de la Suisse, une véritable consécration pour tous les amoureux du tennis helvétique et de cette compétition centenaire. Federer, bien aidé par un Wawrinka en feu durant tout le week-end, offre le Saladier d’Argent à son pays devant un «kop» helvétique impressionnant et des spectateurs français en admiration. Et la Ballade des gens heureux devient notre hymne officiel.

5. Federer – Roddick 5-7 7-6 7-6 3-6 16-14
5 juillet 2009, Wimbledon – finale

Le score est plus parlant qu’un long discours. Ce jour-là, Roger Federer devient le plus grand joueur de tous les temps en s’offrant une quinzième couronne en Grand Chelem, dépassant ainsi son idole Pete Sampras. Cette finale est un thriller où Andy Roddick est souvent supérieur, et où l’Américain rate notamment une volée «facile» sur une balle de set dans le tie-break de la deuxième manche, qu’il menait 6-2... Le Suisse revient un peu de nulle part et s’offre son sixième Wimbeldon sur son seul break du match, à 15-14 ! Légendaire.

4. Federer – Djokovic 7-6 6-3 3-6 7-6
3 juin 2011, Roland Garros – demi-finale 

Un monument que la rédaction d’Eurosport, dont les journalistes sont brillants, a classé comme le quatrième plus grand match de l’histoire du tournoi. Ça a le mérite d’être clair. «Un chef d’œuvre de tennis ping-pong sur terre battue, pratiqué par deux maîtres du dur.» Le plus grand match de sa carrière sur terre battue. Ce vendredi-là, sous le ciel menaçant de Paris, le Maître inflige au coton-tige sa première défaite de la saison et l’empêche de battre le record de John McEnroe (42 victoires consécutives). Deux jours plus tard, le Suisse réalise sa plus belle finale à Paris contre Rafael Nadal et doit encore regretter cette balle de set à 5-2 dans la première manche. Popeye la sauvera et gagnera le set 7-5, la messe était dite…

3. Federer – Sampras 7-6 5-7 6-4 6-7 7-5
2 juillet 2001, Wimbledon – huitième de finale

J’ai des frissons rien qu’en écrivant ces deux noms et en lisant la date de ce match. Le seul et unique duel entre le jeune Rodgeur, 19 ans sur la balance, et le «vieux» Sampras, 29 ans et tenant du titre, sur le plus beau court du monde. Cet affrontement de légende, entre Légendes, est un régal pour les yeux, une ode à l'attaque et au service-volée. C’est Clara Morgane et Megan Fox à poil sur une plage des Maldives. C'est Mozart et Beethoven dans la Chapelle Sixtine. C'est l'Argentine de Maradona contre la France de Zidane à Wembley. C'est un Château Latour 1971 et un Pétrus 1981 à l'Hôtel de Ville de Crissier. A faire bander un mort.

2. Federer – Nadal 7-6 4-6 7-6 2-6 6-2
8 juillet 2007, Wimbledon – finale 

Le premier Fedal de cette liste, dix ans avant le monument de Melbourne. Un match d’anthologie entre deux joueurs au faîte de leur rivalité, dans un Centre Court de Wimbledon sans toit. Roger Federer, 26 ans, vole sur le court, et signe un cinquième triomphe de suite au All England Club, égalisant le record de Björn Borg. Bousculé, malmené et au bord de la rupture en début de cinquième set, il serre le jeu au maximum avant de dompter l'ogre de Manacor dans la dernière ligne droite. Rafael Nadal est donc très proche de l’exploit. Un exploit qu’il signera en 2008, dans ce qui est et restera probablement à jamais comme le plus grand match de tous les temps.

1. Federer – Nadal 6-4 3-6 6-1 3-6 6-3
29 janvier 2017, Open d’Australie – finale 

La plus belle victoire, la plus mythique, la plus magique, la plus légendaire, la plus mémorable, la plus exceptionnelle, la plus bandante, la plus folle, la plus renversante, la plus inattendue, bref, la plus TOUT !!!!! LE chef d'oeuvre de sa carrière, après une pause de six mois sans avoir touché une raquette. Frédéric Beigbeder en parle dans son dernier livre, page 120, comme l’une des principales raisons de vivre. Le cinquième set est d'ailleurs le plus dingue de toute sa vie. Mené 3-1 par un Rambo en transe, le Maître trouve les ressources pour revenir de l'enfer et inscrire... 5 jeux de suite (dont LE point du siècle) et conclure cette finale sur un dernier coup droit sur la ligne. J’avais énormément pleuré ce jour-là. Comme des millions de fans de Roger Federer, scotchés devant leur écran après un tel spectacle. J'en durcis encore.

Voici donc ce que je considère comme les dix merveilles du Maître. Il y aurait évidemment pu en avoir d'autres, comme le Federer – Murray de Wimbledon 2012, le Federer – Nadal de Wimbledon 2019, l'autre Federer – Nadal du Masters 2010, l'énième Federer – Nadal à Bâle en 2015. N'hésite pas à commenter, à débattre s'il le faut et à me donner ta liste. 

Joyeux anniversaire à toi, notre Rodgeur international ! Et merci pour toutes ces émotions, tu resteras toujours le plus grand à nos yeux. On t'aime si fort.

2.8.21

BELINDOR

Incroyable Belinda Bencic, ou Belindor ! En cette année si triste pour le tennis helvétique et le tennis tout court, la St-Galloise nous a offert la plus belle – et l'unique – satisfaction de cette saison, et plutôt deux fois qu'une une. Alors que personne, mais alors personne ne l'attendait, la chouchou de Martina Hingis et Roger Federer a réalisé la semaine de sa vie dans la cuvette suffocante de Tokyo. Une aventure aussi folle qu'improbable, où la Suissesse de 24 ans a puisé tout au fond de ses réserves pour cueillir le plus grand titre de sa carrière. Et devenir ainsi championne olympique de tennis en simple, 29 ans après le soussigné. « C'est iiiiiiiiimmense ! » comme l'a hurlé l'excellent Mathieu Germanier au micro de la RTS.

Non contente d'avoir raflé l'or en simple, Belindor est allée chercher la médaille d'argent en double, aux côtés de la pétillante Viktorija Golubic. L'ancienne quatrième mondiale s'est ainsi envoyée des journées de dingue, avec un match en simple suivi d'un autre en double, souvent sur des courts reculés qui me faisaient penser à des rencontres de Coupe Davis au Zimbabwe ou en Indonésie (si si, on a affronté ces deux pays durant la campagne de 1994...). Bref, une semaine de rêve pour Belindor et Viktorija, qui ont puissamment fait honneur au blason du tennis suisse, lequel est beaucoup moins flamboyant depuis quelques mois. Bravo les filles !

Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, le simple messieurs nous a également réservé une belle surprise, avec l'élimination aussi surprenante que peu glorieuse de Novak Djokochocolat. Le numéro 1 mondial, qui débarquait au Japon avec une confiance et un melon inversement proportionnels à sa cote de popularité, est tombé de haut. De très très haut. Alors qu'il s'était promené durant les premiers tours et qu'il menait 6-1 3-2 service à suivre, le coton-tige s'est complètement effondré en demi-finale face au valeureux Zverev. Coup de barre physique ou excès de confiance ? Probablement un peu des deux, mais surtout physique je pense. 

La suite ne fut qu'étoiles dans les yeux et réjouissances pour les nombreux haters du Serbe : ce dernier n'a même pas réussi à offrir une médaille de bronze à son pays, perdant son self-control et surtout son tennis face à sa quasi bête noire Carreno Busta (l'homme qui l'avait fait disjoncter à l'US Open) avant de pathétiquement déclarer forfait pour son match de double mixte – synonyme de bronze aussi – quelques heures plus tard. Sympa pour sa pauvre partenaire, laquelle a reçu un magnifique lapin au chocolat de la part du sosie de Joe Dalton... Les Jeux Olympiques et Djokovic, c'est décidément comme le tennis français et les victoires en Grand Chelem, les clubs romands de hockey et les titres de champion, Guy Parmelin et la langue de Shakespeare, Tiger Woods et la fidélité, ou l'Angleterre et les séances de tirs au but.

Pas de Golden Slam pour Djokobite, deux médailles pour une délégation suisse au taquet durant ces joutes : cette semaine fut vraiment délicieuse. Pour conclure, mention à Alexander Zverev, si décrié sur ce post, si inconstant depuis trois ans et, il faut le reconnaître, si talentueux quand son corps et sa tête répondent présents. L'Allemand de 24 ans remporte lui aussi le plus beau titre de sa carrière – même si sa victoire au Masters n'est pas loin derrière – et fait taire ses nombreux détracteurs. Place désormais à la tournée américaine et cet US Open qui promet quelques émotions et où le seul intérêt sera de savoir si Novak Djokovic peut réaliser ce fameux Grand Chelem calendaire. S'il le fait, autant dire que son couac olympique sera vite oublié.

12.7.21

20 – 20 – 20

Ce qui devait arriver est arrivé, et même un peu plus vite que prévu. Novak Djokovic – ou Djokoboss – a donc égalé ses deux meilleurs ennemis Roger Federer et Rafael Nadal dans leur course effrénée aux titres du Grand Chelem. Il y a désormais trois géants sur le toit du tennis mondial, trois monstres sacrés qui, chacun à leur manière et avec leur classe respective, marqueront l’histoire de la petite balle jaune à tout jamais. Toutefois, soyons honnêtes, de ces trois-là, on retrouve aujourd’hui un cannibale serbe prêt à tout dévorer sur son passage, un végétarien espagnol qui se contente de brouter de la terre battue (et encore) ainsi qu’un ancien boulimique helvétique devenu depuis trois ans complètement anorexique.

En vingt Majeurs comme en mille, inutile de dire que l’actuel numéro 1 mondial et patron incontesté du circuit ne va pas s’arrêter là, tandis que ses deux rivaux semblent soit dépassé, soit cramé (soit les deux…). Après son coup d’éclat à Paris, où il a quand même été grandement chahuté en huitième, demi et finale, le coton-tige s’est promené sur le gazon du All England Club. Le sosie de Joe Dalton a égaré deux petits sets, l’un au premier tour et l’autre en finale surtout par manque de concentration mais n’a jamais, mais alors jamais tremblé. Sa finale contre Matteo Berrettini ? Un modèle de gestion et de science du jeu, où le protégé de Goran Ivanisevic n’a eu qu’à élever son niveau lors des moments clés pour facilement prendre le dessus contre ce finaliste «par défaut». Loin de moi l’envie de railler l’Italien, mais force est de constater quil donne autant de rêve que les trois derniers tireurs de pénalty de l’Angleterre.

Qu’ajouter d’autre sur ce sacre aussi peu surprenant qu’une défaite des Three Lions en finale ? Rien. Comme annoncé dans mon dernier post, le Serbe file tout droit vers un Grand Chelem calendaire et un exploit absolument hors du commun. Quand je vois l’état misérable de la concurrence et le énième burnout de cette pathétique NextGen, symbolisée par un Thiem blessé, un Medvedev fatigué, un Zverev affligeant et un Tsitsipas traumatisé, je me dis que Djokovic possède une énorme marge de manœuvre. Une marge de manœuvre XXL. Genre Rocco Siffredi à un concours de bites organisé par trois Coréens et deux Vietnamiens. Ou Bill Gates à un Trivial Pursuit contre Paul Pogba, Nabilla et Barthélémy Constantin.

J’espère évidemment me tromper, je rêve qu’un jeune aux dents longues me fasse mentir et sorte le match de l’année à Flushing Meadows. Je rêve qu’un Shapovalov, un Sinner ou un Auger-Aliassime pose ses couilles sur le Arthur Ashe Stadium et nous offre l’une des rares émotions de cette triste saison. Mais sincèrement, j’y crois autant qu’à un triomphe de l’Angleterre lors d’un grand tournoi. Oui, j’en remets une couche sur ces Britons que je conchie au plus haut point. Franchement, ces charlots ont joué six de leurs sept matches à domicile, menaient 1-0 après 2 minutes en finale et avaient tout un stade, tout un pays derrière eux, avant de se liquéfier totalement et de présenter la séance de tirs au but la plus désastreuse de l’histoire, juste derrière celle de la Nati en 2006 à Cologne. Les Anglais ont inventé le football, ils ont aussi et surtout inventé la lose. Et ils cultivent remarquablement cette attitude depuis 1966, de génération en génération.

Allez, j’en ai assez dit, j'en ai le ras-le-bol, la coupe est pleine. La semaine s’annonce de nouveau pluvieuse et affreuse, Roger Federer a pris une roue de vélo à Wimbledon (désolé, je n’ai pas la force de revenir sur son parcours) et notre «été» sera désormais égayé par un Tour de France où les Suisses brillent autant que sur les courts de tennis et par des Jeux Olympiques à huis clos. Je me réjouis déjà d’éteindre ma télé.

14.6.21

Federer en panne, Nadal en deuxième, Djokovic en cinquième

Si l’on devait comparer les monstres sacrés du tennis à trois voitures sur une autoroute, ça donnerait plus ou moins ça : Roger Federer, du haut de ses presque 40 ans, me fait penser à une somptueuse Rolls-Royce… en panne sèche. Depuis son vingtième sacre en Grand Chelem à l’Open d’Australie 2018, le Maître n’avance plus. Le Bâlois aurait pu, aurait dû s’offrir un 21ème Majeur le 14 juillet 2019 à Church Road, mais sa nervosité et Djokobite en ont décidé autrement.

A Paris durant cette quinzaine, le plus grand joueur de tous les temps (profitons de pouvoir encore l’écrire…) a fait plutôt bonne impression, passant trois tours assez piégeux avant de déclarer forfait en huitième de finale. Une décision qui n’a évidemment pas plu à tout le monde, notamment aux organisateurs, mais Rodgeur connaît son corps mieux que quiconque et il serait injuste, voire complètement con, de lui adresser le moindre reproche. Le seul objectif de sa saison reste Wimbledon. Cette montagne me semble aujourd’hui trop haute pour lui, mais bon, ne sait-on jamais, sur un malentendu, si toutes les étoiles sont parfaitement alignées…

Rafael Nadal, lui, roule en deuxième et me fait penser à une Range Rover transpirante et bruyante. La voiture tout terrain qui peut rouler partout, en particulier sur les chemins boueux et les routes en terre. Le taureau des Baléares a subi la troisième défaite de sa carrière à Roland Garros. Et sur ces trois revers, deux tiers sont l’œuvre de son meilleur ennemi Novak Djokovic. Cette incroyable demi-finale, disputée en night session, reste LE monument de ce tournoi. Et certainement un des duels les plus marquants de ces dix dernières années à la Porte d’Auteuil.

Une ambiance fantastique, un troisième set d’anthologie, des coups venus d’ailleurs, une tension à son paroxysme et, cerise sur le gâteau, la dérogation de l’Elysée afin de laisser les spectateurs rester dans l’enceinte, alors que le couvre-feu est à 23 heures en Île de France. Bref, un truc de fou qui fera date et, au final, une méchante baffe pour l’Espagnol, qui reste ainsi bloqué à 20 Majeurs (tant mieux pour nous).

Novak Djokoboss, c’est le mec qui se la pète, le beauf que tout le monde déteste, mi-connard mi-blaireau, mais qui est plus fort et plus rapide que les autres.
C’est la Ferrari blanche qui déboule à 280 km/h sur une autoroute allemande. C’est Beat Feuz à Kitzbühel, Usain Bolt à Berlin, Michael Phelps à Pékin, Lewis Hamilton à Silverstone ou un éjaculateur précoce dans le lit de Jessica Alba. Bref, ça va vite, ça déchire tout sur son passage et, tel un tsunami, la deuxième vague pourrait faire encore plus mal. La deuxième vague ? C’est Wimbledon et l’US Open qui se profilent, deux tournois qui pourraient lui permettre de réaliser un double exploit absolument hors du commun : dépasser le record de Fedal et, surtout, signer le Grand Chelem calendaire. 

On n’y est évidemment pas encore mais nul doute que la perspective de réaliser un tel truc doit lui trotter dans la tête. Un exploit que seuls Donald Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969) ont réussi à accomplir. Bon, à une époque où l’on jouait avec des raquettes en bois, des pantalons blancs et où trois des quatre Majeurs se disputaient sur gazon… Bref, comparer un Grand Chelem dans les années 60 par rapport aux années 2020, c’est aussi pertinent que comparer le football masculin et féminin.

Que dire sur ce 19ème sacre en Majeur du numéro un mondial le plus décrié et haï de l’histoire ? Qu’il nous fait chier, bien sûr, mais qu’il faut aussi parfois reconnaître la force mentale et le talent de ce bonhomme. Fait rare, le coton-tige a réussi à gagner deux matches après avoir perdu les deux premières manches : en huitième contre Musetti et, surtout, en finale contre un Tsitsipas alors en feu. Le tout couplé à son récital contre le maître des lieux, pas besoin d’un long discours pour situer la performance du sosie de Joe Dalton, qui devient par ailleurs le seul à avoir gagné au moins deux fois chaque tournoi du Grand Chelem. Le bolide serbe a frappé un grand coup et revient plus que jamais dans le rétroviseur du 4x4 espagnol et de la luxueuse mais vieillissante berline helvétique.

Voilà les amis, rien de neuf sous le soleil en somme. Federer est toujours convalescent, Wawrinka est toujours blessé, Djokovic continue d’enquiller les records, la Nati est toujours aussi médiocre et les boîtes de nuit sont toujours fermées. Place désormais à la (courte) saison sur gazon et à ce Wimbledon dont on préfère ne rien y espérer, quitte à être déçu en bien, comme on dit.