23.11.20

A chacun sa part du gâteau

L’Open d’Australie pour Novak Djokovic, l’US Open pour Dominic Thiem, Roland Garros pour Rafael Nadal et le Masters pour Daniil Medvedev. Les quatre premiers joueurs du classement ATP, non contents d’avoir raflé les trois Masters 1000 de la saison (Cincinnati et Rome pour le coton-tige, Bercy pour Fantomas), se sont donc partagé les quatre tournois majeurs de l’année. C’est assez logique au vu des forces en présence et de la faiblesse de l’adversité. On l’a encore remarqué dans ce tournoi des maîtres, les quatre locomotives du tennis mondial étaient largement au-dessus de la mêlée, mis à part peut-être Tsitsipas qui a réussi à piquer un set à Thiem et Nadal. 
 
Quatre locomotives qui nous ont d’ailleurs offert un superbe bouquet final ce week-end. J’écrivais dans mon dernier post que «ce Masters ne faisait pas bander», les demi-finales et la finale m’ont réconcilié avec ce tournoi, avec à chaque fois de beaux duels et même un petit monument en ce qui concerne le Thiem – Djokovic de samedi : quel match, quel dénouement, quelle paire de couilles de l’Autrichien ! Comme je l’ai souvent répété à l’antenne de la RTS, la douzième et dernière édition du Masters à Londres aurait mérité une autre ambiance et une autre apothéose que cette finale à huis-clos et cette remise des trophées entre gens masqués... Place désormais à Turin, une ville qui jouit d’une aussi grande culture tennistique que Lisbonne et Houston à l’époque, pour cinq ans au moins. J’espère que les Italiens se prendront au jeu, ce qui est loin d’être assuré.
 
Du haut de ses 24 ans, Medvedev remporte donc le premier blockbuster de sa carrière, le tout en ayant battu les numéros 1, 2 et 3 mondiaux sur sa route. Chapeau le grand pin de Moscou. Sa finale contre Thiem est presque un copier-coller de sa demi-finale contre Rambo : un premier set mal négocié, quelques frayeurs et une victoire au tie-break dans la deuxième manche, avant un troisième set de baron, de rouleau-compresseur, où le Russe a étalé sa science du jeu et son immense palette de coups, se montrant très agressif au filet et finissant par dégoûter des adversaires aussi fébriles qu’un puceau à son premier rendez-vous Tinder 
 
T’as vu l’impuissance de Popeye samedi soir ? L’Espagnol, dominé dans tous les compartiments du jeu au troisième set, a fini par faire des services-volées (!) pour stopper l’hémorragie. Pareil pour l’Autrichien dimanche, à court d’idée et à court de tout, qui semblait complètement perdu et cramé sur ce court. Le vainqueur de l’US Open perd ainsi une cinquième finale majeure en six participations (#murray, #lendl) et pourra regretter longtemps ce septième jeu du deuxième set. Il aurait pu, il aurait dû faire le break et mener 4-3, service à suivre, mais le protégé de Nicolás Massú a affiché dans ce jeu autant de self-control et de jugeote que Darius Rochebin face à un étudiant de 19 ans. 
 
Medvedev pouvait donc célébrer le plus grand titre de sa carrière par une... grimace. Tcheu la non-émotion du gaillard. L’employé de la Poste qui bat son collègue au flipper, un bon vieux lundi matin à la cafétéria, est plus expressif que Fantomas. Une fois le match terminé, il a dû fêter ça avec son coach et zéro pote autour d’une canette de Red Bull et une assiette de pâtes au beurre. Niveau charisme, on ne comptera pas sur ce grand échalas désarticulé pour faire le spectacle. Niveau tennis, il sera attendu au tournant et devra confirmer ce coup d’éclat en 2021. Attention désormais au fameux syndrome Masters qui a méchamment frappé les trois derniers lauréats – Dimitrov, Zverev et Tsitsipas – lesquels ont été incapables de confirmer l’année d’après. Tsitsipas en 2020 ? Un ATP 250 à Marseille et une demi-finale à Roland Garros. Très très maigre pour un mec à qui certains promettaient la lune… 
 
Voilà les gars, cette saison tronquée, covidée et masquée est désormais terminée et autant dire qu’elle ne manquera à personne, cette connasse. On n’en gardera quasiment aucun grand souvenir. Mon highlight de 2020 ? La disqualification de Djokobite à l’US Open. Un gros point d’interrogation plane désormais au-dessus de la saison 2021, avec un Open d’Australie qui pourrait être reporté à mars ou avril et un calendrier qui sera dès lors complètement chamboulé. Bref, pas besoin de s’appeler Madame Soleil pour prédire un bordel sans nom l’année prochaine. L’année de la troisième vague. On ne s’en réjouit pas. 
 
Allez les amis, je vais quand même terminer ce dernier article de l’année par une note positive : joyeux sixième anniversaire au plus beau succès du sport helvétique ! Eh oui, le triomphe de la Suisse en Coupe Davis et la naissance de la Ballade des Gens heureux, c’était il y a six ans jour pour jour. Putain, j’en durcis encore.


Merci à tous pour votre passion et vos commentaires, on se revoit en 2021 avec Rodgeur et Stan au taquet !

20.11.20

Touche pas à mes cinq sets !

Djokobite est un con, un gros con même. Désolé les mecs, j’en remets une couche sur Novak Djokovic, l’homme qui a massacré notre été 2019, le numéro 1 mondial le plus soporifique de l’histoire (à égalité avec Ivan Lendl), le champion du monde de la défense, le superspreader de l’Adria Tour, le roi de la pause médicale, l’agresseur de juge de ligne, l’imposteur qui aimerait dénaturer son sport, notre sport.

Ainsi donc, le Serbe s’est déclaré favorable à des matches au meilleur des trois sets en Grand Chelem. Tu me connais, j’ai littéralement bondi de ma chaise quand j’ai lu ces inepties dans la presse. Et je suis sincèrement déçu qu’un type comme Djokovic, qui est censé défendre les intérêts du tennis, ose s’attaquer à l’une des règles les plus ancestrales de la petite balle jaune. Comme l’a très bien résumé mon ami Yves Martin : «Comprenez, j’ai 33 ans. Ça devient compliqué de tenir cinq sets contre Zverev qui en a dix de moins. Je propose de jouer en trois sets pendant quatre ans, puis quatre ans en deux sets, puis en un seul set d’ici à ce que j’arrête. Sinon, comment veux-tu que je batte les records, bordel !» Oui, Novak Djokovic est la personnification de l’égoïste : il ne pense qu’à ses records et à son propre cul, quitte à tuer son propre sport.

Soyons honnête, mon sport préféré a déjà tellement perdu de sa superbe ces trois dernières années que lui amputer deux sets en Grand Chelem serait le coup de grâce, le coup fatal et le corbillard assuré jusqu’à une mort dans d’atroces souffrances. La légendaire Coupe Davis a disparu dans une indifférence quasi générale, l’Open d’Australie a instauré un super tie-break à 6-6 au cinquième set, Wimbledon a ralenti son gazon et imposé lui aussi un infect tie-break à 12-12 au dernier set (ô rage, ô désespoir) alors que l’US Open, où la télévision dicte sa loi depuis bien longtemps, a déjà mis en place un tie-break à 6-6 en… 1970. Dans cette liste aussi joyeuse que le communiqué de presse quotidien de l’OFSP, on notera que seul Roland Garros – c’est à saluer – n’a pas encore succombé aux désidératas des annonceurs et des diffuseurs. Ça ne saurait tarder, même si je sais que Guy Forget – à l’instar de nombreux joueurs français (c’est à saluer aussi) – est un fervent défenseur des traditions tennistiques.  

Bref, j’ai mal à mon tennis. Je souffre avec lui. Je chiale en le voyant si mal vieillir, telle une Brigitte Bardot qui, non contente de véhiculer des idées d’extrême droite, est aujourd’hui aussi séduisante que le nouveau maillot extérieur du FC Sion. Le plus beau sport du monde a vécu son âge d’or, il n’a d’ailleurs fait que monter en puissance depuis les années 70 jusqu’à son explosion planétaire dans les années 2000, période qui a marqué l’avènement de la plus belle rivalité du sport moderne entre Federer et Nadal. Sans vouloir passer pour l’oiseau de mauvais augure, pour le Docteur Raoult du pauvre, l’avenir s’annonce morose, pour ne pas dire sombre. Roger Federer, quarantenaire en 2021, va bien finir par prendre sa retraite. Nadal aussi, même si ses genoux semblent tenir.
 
Du coup, il ressemblera à quoi, le tennis de demain ? Un Djokovic en chef de meute qui fera tout pour tuer les dernières traditions, la disparition des juges de ligne, le point décisif à 40-40, des sets qui se terminent à 4-4, des Grands Chelems au meilleur des trois sets, des joueurs au même profil et un Top Ten cruellement en manque de gueule et de charisme. Ce tennis-là se fera sans moi. Et probablement sans des millions de fans, lesquels se détourneront rapidement d’un sport qui a vendu son âme au diable.

On n’y est pas encore et, à l’heure où j’écris ces quelques lignes, il reste quatre rencontres à disputer en cette saison 2020 à ranger au rayon des horreurs, non loin du dernier match du Lausanne-Sport à la Pontaise. Alors que Rafael Nadal a validé son ticket pour les demi-finales avec autorité et brio, le coton-tige a bien géré son «quart de finale» face au décevant Alexander Zverev. Un Masters qui promet quelques belles émotions jusqu’à dimanche puisque l’ogre de Manacor rêve de soulever le seul tournoi d’envergure qui manque encore à son palmarès. Ce Masters sans Suisse (une première depuis 2001), sans spectateurs et sans juges de ligne ne fait pas bander, mais il a le mérite d’égayer nos tristes soirées de Suisse romand, privé de sorties et de restos.
 
Allez les amis, bons baisers d’une ville de Londres bouclée à triple tour !