La Laver Cup ? Sans moi !
Bien sûr, c'est génial que Palexpo fasse le plein et que Genève accueille des légendes comme Federer, Nadal, Borg, McEnroe ou Rod Laver. Mais bon les mecs, ouvrez les yeux, c'est quoi cette Laver Cup, c'est quoi cette daube ? Ça reste une espèce de Harlem Globetrotters de la petite balle jaune, un Cirque du Soleil en mode tennis. Ou, si on parle de musique, c'est Les Enfoirés qui se mettent à taper la balle en culotte courte, c'est Patrick Bruel qui chante un duo avec Jenifer, c'est Garou et Patrick Fiori qui chantent La Maladie d'Amour au Zénith. Alors oui, c'est joli et ça plaît à certains fans, mais ça reste un truc sans le moindre intérêt et sans aucune notion de compétition, réservée à une certaine élite qui est toute contente de poster des selfies sur les réseaux sociaux et, accessoirement, de toucher un chèque conséquent pour disputer deux-trois matches amicaux.
Je suis peut-être aigri, je suis certainement un vieux con, mais ça ne me fait pas rêver de voir Federer poser devant le Jet d'Eau avec Nadal, Zverev, Thiem, Tsitsipas et Fognini, ses soi-disant super potes pour le week-end. Je préférais largement la photo de Rodgeur au fin fond de la Serbie ou dans le trou du cul de l'Australie avec Stan, Séverin, Marco et Michael. C'était moins glamour certes, mais ça sentait surtout moins l'hypocrisie, le fric et tous les sponsors qui sont derrière.
Soyons honnêtes, cette Laver Cup n'a aucune tradition, aucune histoire, aucun passé. Cette Laver Cup n'a rien et n'aura rien. Bien sûr, certains me diront qu'il faut lui laisser une chance, que la grande histoire de la Coupe Davis ne s'est pas faite en trois ans. Ok, mais la beauté de la Coupe Davis était qu'elle voyait s'affronter des pays, et non des continents. Est-ce que toi, le Suisse de Payerne ou de Morgins, tu vibres parce qu'un Grec bat un Canadien ? Moi pas. Je m'en bats les couilles même. Le format de la Laver Cup est parfait pour le golf, pas pour le tennis.
En tant que spectateur, on ne va pas à la Laver Cup avec la boule au ventre, avec l'envie de vibrer et de soutenir son pays ou son joueur préféré. On y va comme au cinéma, à l'opéra ou au théâtre : pour passer du bon temps, pour se divertir, pour sortir sa meuf, pour rire un peu, pour faire partie de l'événement. La Laver Cup, c'est comme si la FIFA décidait d'organiser, chaque année, un All-Star Game entre les meilleurs joueurs d'Europe et ceux du reste du monde. Il y aurait Ronaldo d'un côté et Messi de l'autre, ce serait sympa à voir, ça remplirait les stades et ça ferait mousser les médias, mais franchement, ça me ferait autant bander qu'une partie de polo à La Réserve entre la Confrérie des Bijoutiers de Genève et l'Amicale des Avocats du Barreau de Paris.
Bref, tant mieux si plein de gens ont pris leur pied à Palexpo ce week-end, tant mieux s'ils ont pu faire des stories avec Nadal et Federer dedans, tant mieux s'ils auront quelque chose à raconter à leurs collègues lundi matin, tant mieux qu'ils sont contents de regarder des séries sur Netflix cinq soirs par semaine. Perso, ce n'est pas le tennis que j'aime, ce n'est pas le tennis qui me fait chavirer. J'aurais mille fois préféré que Genève accueille un vieux match de barrage de Coupe Davis entre la Suisse et l'Australie, par exemple. Il n'y aurait pas eu Federer, trop occupé certainement, une salle de 4000 places aurait suffi, mais je suis sûr qu'on aurait adoré s'exciter pour une victoire de Stan et s'énerver contre la sale tronche de Kyrgios. A la place, on se contentera des petits fours, du champagne et des grrrrrrrrrands matches à enjeu de la Laver Cup. Voilà, le tennis de demain s'annonce bien triste et bien con, et ça sera de toute façon sans moi. Adieu !