21.9.19

La Laver Cup ? Sans moi !

Sauvez-moi, sauvez-nous, la plus belle ville du monde ne parle plus que de «ça» et, franchement, j'en peux plus. Ça, c'est évidemment cette Laver Cup que je conchie au plus haut point. Tu me connais, je suis un homme de tradition et je suis profondément déçu qu'une exhibition montée de toutes pièces comme la Laver Cup ait, en quelque sorte, tué et remplacé la mythique, la centenaire, la légendaire Coupe Davis. C'est un pas supplémentaire vers la mort annoncée du tennis, dont les jours sont comptés.

Bien sûr, c'est génial que Palexpo fasse le plein et que Genève accueille des légendes comme Federer, Nadal, Borg, McEnroe ou Rod Laver. Mais bon les mecs, ouvrez les yeux, c'est quoi cette Laver Cup, c'est quoi cette daube ? Ça reste une espèce de Harlem Globetrotters de la petite balle jaune, un Cirque du Soleil en mode tennis. Ou, si on parle de musique, c'est Les Enfoirés qui se mettent à taper la balle en culotte courte, c'est Patrick Bruel qui chante un duo avec Jenifer, c'est Garou et Patrick Fiori qui chantent La Maladie d'Amour au Zénith. Alors oui, c'est joli et ça plaît à certains fans, mais ça reste un truc sans le moindre intérêt et sans aucune notion de compétition, réservée à une certaine élite qui est toute contente de poster des selfies sur les réseaux sociaux et, accessoirement, de toucher un chèque conséquent pour disputer deux-trois matches amicaux.

Je suis peut-être aigri, je suis certainement un vieux con, mais ça ne me fait pas rêver de voir Federer poser devant le Jet d'Eau avec Nadal, Zverev, Thiem, Tsitsipas et Fognini, ses soi-disant super potes pour le week-end. Je préférais largement la photo de Rodgeur au fin fond de la Serbie ou dans le trou du cul de l'Australie avec Stan, Séverin, Marco et Michael. C'était moins glamour certes, mais ça sentait surtout moins l'hypocrisie, le fric et tous les sponsors qui sont derrière.

Soyons honnêtes, cette Laver Cup n'a aucune tradition, aucune histoire, aucun passé. Cette Laver Cup n'a rien et n'aura rien. Bien sûr, certains me diront qu'il faut lui laisser une chance, que la grande histoire de la Coupe Davis ne s'est pas faite en trois ans. Ok, mais la beauté de la Coupe Davis était qu'elle voyait s'affronter des pays, et non des continents. Est-ce que toi, le Suisse de Payerne ou de Morgins, tu vibres parce qu'un Grec bat un Canadien ? Moi pas. Je m'en bats les couilles même. Le format de la Laver Cup est parfait pour le golf, pas pour le tennis.

Le seul objectif de cette imposture est de réunir les meilleurs joueurs du monde l'espace d'un week-end, de faire croire que c'est des grands potes, d'organiser quelques matches très «tendus», de faire de jolies images en mode «on est à fond» et de faire un maximum de publicité à tous les sponsors qui la soutiennent. Bref, c'est un show à l'américaine, une exhibition de luxe, un théâtre pour millionnaires, du catch avec des mecs habillés en Nike ou Uniqlo. A se demander si les joueurs ne reçoivent pas des consignes avant d'entrer sur le court, genre «laisse le gagner le deuxième set s'il gagne le premier».

En tant que spectateur, on ne va pas à la Laver Cup avec la boule au ventre, avec l'envie de vibrer et de soutenir son pays ou son joueur préféré. On y va comme au cinéma, à l'opéra ou au théâtre : pour passer du bon temps, pour se divertir, pour sortir sa meuf, pour rire un peu, pour faire partie de l'événement. La Laver Cup, c'est comme si la FIFA décidait d'organiser, chaque année, un All-Star Game entre les meilleurs joueurs d'Europe et ceux du reste du monde. Il y aurait Ronaldo d'un côté et Messi de l'autre, ce serait sympa à voir, ça remplirait les stades et ça ferait mousser les médias, mais franchement, ça me ferait autant bander qu'une partie de polo à La Réserve entre la Confrérie des Bijoutiers de Genève et l'Amicale des Avocats du Barreau de Paris.

Bref, tant mieux si plein de gens ont pris leur pied à Palexpo ce week-end, tant mieux s'ils ont pu faire des stories avec Nadal et Federer dedans, tant mieux s'ils auront quelque chose à raconter à leurs collègues lundi matin, tant mieux qu'ils sont contents de regarder des séries sur Netflix cinq soirs par semaine. Perso, ce n'est pas le tennis que j'aime, ce n'est pas le tennis qui me fait chavirer. J'aurais mille fois préféré que Genève accueille un vieux match de barrage de Coupe Davis entre la Suisse et l'Australie, par exemple. Il n'y aurait pas eu Federer, trop occupé certainement, une salle de 4000 places aurait suffi, mais je suis sûr qu'on aurait adoré s'exciter pour une victoire de Stan et s'énerver contre la sale tronche de Kyrgios. A la place, on se contentera des petits fours, du champagne et des grrrrrrrrrands matches à enjeu de la Laver Cup. Voilà, le tennis de demain s'annonce bien triste et bien con, et ça sera de toute façon sans moi. Adieu !

9.9.19

20-19

 
Oui, ça fait mal aux yeux et, sans vouloir passer pour la dernière des pédales, ça fait mal au cul. Très mal même, comme lorsque tu vois ton ex au bras d'un ancien camarade de classe que tu détestais profondément. Le constat est là et il est implacable : Rafael Nadal n'est plus qu'à un Majeur du record de Roger Federer. Si tout se passe comme prévu, il devrait égaliser au plus tard au prochain Roland Garros et nous la mettre définitivement dans le baba en 2021. Tu me diras, ça nous laisse encore quelques mois de répit mais bon, quitte à remuer une énième fois le couteau dans une plaie encore béante, qu'est-ce qu'on serait bien aujourd'hui avec un 21-19 dans la besace. Qu'on soit bien d'accord, c'est bien ce record qui va faire la différence à la fin. Certes, les puristes diront que Federer reste le plus grand de tous les temps, mais si Hulk lui colle un 23-20 en fin de carrière, ben non les mecs, le GOAT sera bel et bien l'Espagnol. Il faudra le reconnaître et s'y faire.  

Comme annoncé, le taureau des Baléares a donc remporté l'US Open pour la quatrième fois de sa carrière. Si j'avais vu juste en le voyant soulever le trophée, je n'avais pas imaginé une telle finale. Et là, il convient de saluer et féliciter l'immense – oui, j'ai bien dit immense – Daniil Medvedev. Celui que j'ai gentiment allumé dans mon dernier post m'a complètement bluffé hier soir et nul ne sait ce qu'il serait arrivé si le Russe avait concrétisé cette balle de débreak à 5-4, ou ces quatre balles de break à 1-0 au cinquième set... A ce moment-là du match, face à une Momie au bord des crampes et à l'agonie physiquement, la grande tige de Moscou semblait un brin au-dessus. Mais voilà, tel un guerrier habitué à ce genre d'événement, Popeye n'a rien lâché, a serré les dents et est allé chercher cette dix-neuvième couronne en Grand Chelem. Là, je devrais enchaîner avec un bravo, mais j'en ai pas envie, désolé les crevettes à l'ail.

Évidemment, on aurait rêvé de voir Musclor se prendre les pieds dans le tapis et d'assister à la surprise de l'année. Ça aurait été tellement beau de voir – enfin ! – un mec de cette fameuse NextGen, pardon, de cette fucking NextGen réussir ce que seuls Del Potro, Wawrinka et Murray ont réussi à faire ces quinze dernières années : battre l'un des trois ogres du tennis mondial en finale d'un tournoi du Grand Chelem. Medvedev n'était pas loin mais voilà, entre «être pas loin» et le faire, il y a un énorme pas que ces bras cassés ne sont pas prêts de franchir. Un peu comme lorsque tu ramènes une meuf chez toi et qu'au moment de conclure, elle se tire sans crier gare. Plus on avance, plus cette NextGen me fait peine à voir et m'exaspère. Ces Pieds Nickelés n'ont pas de couilles, pas de cerveau, pas de charisme, un peu de talent certes, mais ça reste une sacrée bande de losers, au milieu de laquelle trône cet âne de Zverev, incapable de passer un huitième de finale en Grand Chelem, incapable de confirmer, incapable de rien. 

Dans cette forêt de perdants, dans cet océan de nullité, il faut quand même saluer ce Russe aux dents longues et le dissocier des autres. Ce jeune plein de promesses mérite le respect et ne semble pas être fait du même bois que ces Zverev, Thiem, Tsitsipas, Khachanov, Kyrgios, Coric, bref, de tous ces inutiles qui attendront d'avoir 28 ans avant d'atteindre leur première finale de Grand Chelem, Thiem mis à part. Mené deux sets à zéro, au bord du précipice dans la troisième manche, l'homme fort de l'été a trouvé des ressources insoupçonnées pour gagner deux sets et faire de cette finale un monument, ni plus ni moins. Une finale qui sauve une édition 2019 dans l'ensemble décevante, même si le Berrettini – Monfils avait valu son pesant de cacahuètes. Mais bon, lorsque tu places un Berrettini – Monfils comme highlight d'un Grand Chelem, c'est que ça reste une édition merdique...

Voilà les gars, que nous reste-t-il pour être heureux ? Ça ne sera pas la Laver Cup, c'est sûr. Ça ne sera pas non plus la tournée asiatique, oh que non. On attendra le tournoi de Bâle et, accessoirement, le Masters de fin d'année où, peut-être, soyons fous, ne sait-on jamais, on pourra revoir un Rodgeur au top de sa forme. Je vais être sincère : cet été tennistique fut absolument dégueulasse et, après avoir pris deux baffes pareilles, j'ai juste envie de passer à autre chose. Ça tombe bien, la saison de hockey commence bientôt. Vivement qu'on parle de puck plutôt que de petite balle jaune. J'ai eu ma dose, je suis gavé, lassé, écœuré. DJOKONADAL M'A TUER. 

4.9.19

Twin Nightmares

Un double cauchemar. Voici encore un post que j'écris parce qu'il faut le faire et qui va donner autant de rêve qu'un bouquin de Yann Moix sur sa soi-disant terrible enfance. On rêvait tous d'une demi-finale 100% helvétique, on sera bon pour s'envoyer un improbable Medvedev – Dimitrov. C'est un peu comme si tu te réjouissais d'aller manger chez Chevrier avec une nympho et que tu te retrouves à bouffer un KFC avec ta belle-mère.

Si on n'oubliera jamais le 14 juillet 2019, on passera vite à autre chose concernant ce 3 septembre 2019, ce Black Tuesday où nos deux compatriotes sont passés – l'un comme l'autre – complètement à travers. Notre Stan national a parfaitement lancé cette journée désastreuse en perdant ses moyens face au jeu désarticulé de Medvedev. Un mec qui envoie des services à 210 km/h en deuxième balle, des amorties bizarres dans tous les sens, des coups droits poussés, du bétonnage en revers et de l'essuie-glace de malade, le tout couplé à une attitude de tête à claques et au charisme d'un croque-mort biélorusse. Si c'est lui le tennis de demain, ben ça sera sans moi.

Bref, face à cet étrange croisement entre Nikolay Davydenko et Pierre Richard, le gamin a semblé totalement déboussolé et sans solution. L'histoire aurait peut-être été différente si le Vaudois avait cadré ce coup droit – tout à fait à sa portée, merde ! – sur cette balle de set dans la première manche. Peut-être oui, peut-être pas. J'en sais rien. Tout ce que je sais ce matin, beau caceux et cerné derrière mon ordi, c'est que le héros de la finale de la Coupe Davis 2014 n'a jamais paru dans un grand jour, finissant même cette purge par un cinglant 6-1 face à ce Mister Nobody que New York semble détester. Daniil Medvedev, il peut aller faire ses courses à la boutique Abercrombie de Times Square sans que personne ne vienne le déranger... L'aura d'un fantôme, cette grande tige !

On comptait alors sur Rodgeur pour corriger le tir et nous donner un peu de rêve face à l'une de ses victimes préférées. La baffe est pour le moins frontale. Ainsi donc, pour la onzième fois de suite à Big Apple, le plus grand joueur de tous les temps a pris la porte de façon incongrue. Un peu blessé, un peu fatigué, un peu moins inspiré, le Maître est éliminé sans gloire et, à vrai dire, c'est une demi-surprise. Je ne l'avais pas forcément écrit sur ce blog, ne voulant pas passer pour l'oiseau de mauvais augure, mais je n'y croyais pas vraiment. Demande à Fangio ou à un autre de mes potes, je leur avais annoncé mon pronostic sur WhatsApp : «Federer sortira en huitième ou en quart à New York.» 


Je suis évidemment déçu d'avoir eu raison, mais je suis content de ne m'être jamais enflammé durant ce tournoi, même quand il a collé un 6-2 6-2 6-0 à Goffin. Cet US Open, sa surface de plus en plus lente, son humidité et ses night-sessions aux conditions difficiles semblent aujourd'hui trop physiques, trop pénibles pour le Maître et ses genoux, eux qui affichent 38 balais sur la balance. A lui de se remettre vite, de zapper cette infecte Laver Cup si nécessaire et de se préparer au mieux pour la saison indoor où il aura, comme toujours, un coup à jouer.

Voilà les gars, reste une dernière interrogation : qui sera capable de battre Popeye et de l'empêcher de soulever un 19ème titre du Grand Chelem ? Le petit Schwartzman, l'inénarrable Monfils ou l'insipide Medvedev ? A moins que ce ne soit le beau gosse Berrettini ou le revenant Dimitrov... A mon avis, aucun d'entre eux. Rafael Nadal va gagner cet US Open 2019. Assez facilement même.

Ah, une dernière chose, forza Belinda !

2.9.19

Bon débarras

Bon débarras oui ! Au revoir et surtout pas merci. Et si possible à dans très longtemps. C'est bien sûr LA nouvelle de la journée : Novak Djokovic a été éliminé par notre Stan national. La joie et l'excitation sont un peu contenues car le numéro 1 mondial et tenant du titre, fidèle à sa triste réputation, a préféré abandonner comme un lâche que finir ce match comme un homme, comme un champion, respectant ainsi à la fois son adversaire et le public du Arthur-Ashe Stadium. Faible, petit, pitoyable.

Alors qu'il lui restait au pire quatre jeux à disputer et qu'il semblait encore en pleine forme 20 minutes avant, le coton-tige a jeté l'éponge et prouvé que le fair-play et lui, c'est comme le tennis français et la gloire, Gérard Depardieu et la sobriété, Angela Merkel et le sex-appeal : deux mondes séparés. Le sosie de Joe Dalton s'est d'ailleurs fait copieusement huer à sa sortie du court. Comme quoi, de New York à Londres en passant par Melbourne et Paris, notre cauchemar de l'été fait l'unanimité contre lui. Bref, c'est une honte et c'est mieux que j'en reste ici, je vais devenir vulgaire.

Entreprenant et agressif comme à son habitude, Stanimal ne méritait évidemment pas ça. Il méritait une victoire en trois sets et de lui coller un bon vieux 6-1 en guise de doigt d’honneur. On oubliera cette fin de match frustrante et on gardera en tête ces deux premiers sets monumentaux, où le bison a sorti des coups de malade et produit son meilleur tennis depuis son retour de blessure. Le gamin a fait puissamment plaisir et semble affûté comme à sa grande époque, au taquet et prêt à redonner du rêve ! Avant de savoir si on peut vraiment commencer à s'enflammer, on va quand même attendre son prochain tour et ce quart de finale plus qu'alléchant contre Daniil Medvedev. Le Russe de 23 ans, finaliste à Montréal et vainqueur à Cincinnati, est l'un des hommes forts de l'été et l'une des nouvelles têtes de Turc du public new-yorkais. Ça promet un match de dingue entre deux mecs qui ont très très faim, et une ambiance qu'on imagine électrique. Come on gamin !!

De son côté, le diesel Federer n'en finit pas de monter en puissance. Après deux premiers tours poussifs, l'homme aux vingt Majeurs a enchaîné avec deux matches de gala contre Evans et Goffin, ne laissant que cinq jeux à l'Anglais et quatre (!) au Belge, numéro 15 mondial tout de même, et sortant au passage quelques coups magiques. Quel talent, quelle vista, quelle fraicheur, comme à l'entraînement. Rodgeur attend désormais Dimitrov, l'homme qui s'est pris pour Superman, Dieu ou Neymar après sa victoire au Masters de 2017, pour un match de prestige entre le Maître et l'élève. Pour la deuxième fois de l'année après Roland Garros, il y a donc deux Suisses en quart de finale d'un Grand Chelem et, les amis, il faut en profiter. 

Voilà les gars, cet US Open 2019 nous redonne envie de regarder du tennis et on est d'ores et déjà heureux que le vainqueur ne se nommera pas Djokovic, l'imposteur de la petite balle jaune. On se réjouit de la suite du tournoi et si une petite surprise pouvait égayer le bas du tableau, ben on serait évidemment ravis, si tu vois ce que je veux dire.